Compte rendu

 

 


analytique officiel

Séance du mercredi 30 janvier 2008

Séance unique
Séance de 15 heures
113ème séance de la session
Présidence de M. Bernard Accoyer

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La séance est ouverte à quinze heures.

QUESTIONS AU GOUVERNEMENT

L'ordre du jour appelle les questions au Gouvernement.

BIOCARBURANTS

M. Stéphane Demilly – Depuis quelques mois, des nuages noirs s’amoncellent au-dessus de la filière française du biocarburant : multiplication d’articles et de reportages hostiles reposant sur des arguments fallacieux, renvoi à une énième étude sur l’intérêt écologique de ces carburants, coupes claires dans la défiscalisation, et – cerise sur le gâteau – application aveugle d’un malus aux véhicules « flex-fioul ».

Tout cela est incohérent avec les engagements pris par les pouvoirs publics aussi bien au niveau européen, avec la directive de 2003 sur les niveaux d’incorporation, que dans le cadre national, où les travaux de la commission Probst avaient conduit à promouvoir le super-éthanol E85. C’est également dévastateur, puisque l’on coupe les ailes à la filière au moment où elle vient d’investir un milliard d’euros ! Or, la seconde génération de carburants verts ne s’imposera que si nous assurons d’abord le succès de la première. À cette valse-hésitation, qui est d’ailleurs plutôt un tango – un pas en avant, deux en arrière –, le gagnant sera forcément l’éthanol brésilien !

Monsieur le ministre d’État, au moment où le baril de pétrole frôle les cent dollars, et compte tenu des engagements pris par le Président de la République durant la campagne électorale, êtes-vous pour un soutien clair et durable aux biocarburants, et si oui, comment ferez-vous pour corriger le tir ? (Applaudissements sur les bancs du groupe NC)

M. Lucien Degauchy – Très bien !

M. Éric Woerth, ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique – Monsieur le député, vous êtes un très sérieux défenseur des biocarburants, et le Gouvernement aussi : oui, nous sommes favorables au développement des biocarburants (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe NC), qui représentent un moyen de garantir l’indépendance énergétique de notre pays, offrent des débouchés industriels à nos agriculteurs et contribuent à la lutte contre l’effet de serre.

Aussi, à l’issue du Grenelle de l’environnement, M. Borloo a confié à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie ainsi qu’à l’Institut français du pétrole une mission d’étude sur le bilan environnemental des biocarburants de première génération.

En outre, la loi de finances pour 2008 et la loi de finances rectificative pour 2007 ont maintenu un régime fiscal attractif pour les biocarburants. La formule retenue tient compte de la hausse du cours des matières premières agricoles et du cours du pétrole. J’ai appelé, avec M. Borloo, à une réunion prochaine pour discuter du contenu de cette formule. Son application revient à diminuer la TIPP par hectolitre de 27 euros pour l’éthanol et de 22 euros pour le biodiesel. Tous les investissements réalisés restent rentables. La dépense fiscale pour la filière en 2008 est d’un tiers supérieure à ce qu’elle était en 2007, passant de 600 à 900 millions. Nos objectifs d’incorporation des biocarburants sont garantis par cette dépense fiscale ainsi que par une obligation sanctionnée par un supplément de taxe générale sur les activités polluantes. Le Gouvernement mène donc une politique fiscale incitative claire en faveur du biocarburant.

Enfin, le groupe Nouveau centre a également été entendu en ce qui concerne l’E85. Notre volonté est bien d’aider au développement des biocarburants (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP).

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LUTTE CONTRE LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE

Mme Nicole Ameline – Un récent rapport, publié à Davos, situe la France à un rang honorable en matière de lutte contre le réchauffement climatique. À Bruxelles, le président de la Commission, José Manuel Barroso a annoncé la mise en œuvre d’un plan climat européen, particulièrement ambitieux et comportant des objectifs précis : réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2020 par rapport à 1990, porter la part des énergies renouvelables à 20% dans la consommation européenne, réformer le mécanisme des droits à polluer.

Nous mesurons bien la responsabilité qui sera celle de la France durant sa présidence du Conseil européen. Les enjeux sont clairs : il faut agir pour un monde plus écologique, jeter les bases d’une croissance nouvelle, faire en sorte que le développement soit plus respectueux des droits humains et de l’environnement.

Monsieur le ministre d’État, jusqu’où la France est-elle prête à aller pour convaincre nos 26 partenaires de la nécessité de passer de l’ambition à l’action ? Jusqu’où la France est-elle prête à aller pour convaincre les industriels européens, dont les activités sont responsables à elles seules de la moitié de ces émissions ? Au-delà, comment faire pour que la France et l’Union européenne ne demeurent pas seules dans ce combat ? Comment convaincre le reste du monde que c’est à juste titre que nous militons pour un développement plus équilibré de la planète, que notre cause n’est rien moins qu’une éthique du futur et que nous avons raison de jouer cette carte de l’environnement au service du développement ? (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP)

M. le Président – La parole est à M. Jean-Louis Borloo (Interruptions sur les bancs du groupe GDR).

M. Maxime Gremetz – Monsieur « la maison à 100 000 euros » !

M. Jean-Louis Borloo, ministre d’État, ministre de l’écologie, du développement et de l’aménagement durables – Éthique du futur, l’expression est pertinente. La question qui se pose à l’ensemble de la planète est de modifier son mode de croissance, de parvenir à plus de progrès tout en respectant davantage l’environnement et en économisant les ressources naturelles. D’une manière générale, l’Europe se veut exemplaire en ce domaine. La France, pour sa part, a d’ores et déjà anticipé les ambitions exprimées par la Commission européenne, notamment au travers des objectifs fixés lors du Grenelle de l’environnement, comme 20 % d’énergies renouvelables à terme ou 14 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre – hors quotas ETS…

La seule manière pour l’Europe de convaincre le reste du monde, et pour la France de convaincre en Europe, est de montrer l’exemple. Autour de Dominique Bussereau, se réunira tout à l’heure le groupe de travail Transports publics urbains, auquel participent de nombreux parlementaires et où il sera question de 1 500 km de tramways. En début de semaine, les constructeurs aériens, Air France-KLM, les autorités aéroportuaires et les utilisateurs se sont engagés, ce qui constitue une première mondiale, à réduire de moitié d’ici à 2020 les émissions de gaz à effet de serre et le bruit générés par le transport aérien, et de 80% ses rejets de NOx. La grande distribution a, de même, pris des engagements sur la construction de bâtiments à énergie positive, sur la réduction des déchets et le développement de l’agriculture biologique. Les constructeurs automobiles travaillent pour leur part à mettre au point des véhicules les moins polluants possible. Bref, c’est toute la société française qui se met en mouvement au service de l’environnement. Et c’est ainsi, en montrant l’exemple, que nous réussirons à convaincre le reste du monde.

M. le Président – Il faut conclure, Monsieur le ministre.

M. le Ministre d’État – Le récent voyage du Président de la République en Inde a été l’occasion d’une déclaration de notre pays sur le thème de la lutte contre le réchauffement climatique, elle-même suivie du premier engagement international de l’Inde en la matière. La même déclaration avait été auparavant faite en Chine, suivie là aussi de premiers engagements de la Chine en ce domaine. C’est cela l’effet d’entraînement international de la France ! (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP)