XXIe siècle. Energie
Des bâtons dans
les pales
En France,
les opposants dénoncent le lobbying des Verts et des industriels.
Par Sylvie
BRIET
QUOTIDIEN :
samedi 27 janvier 2007
Vent de respect, Vent de raison, Vent de colère, Vent du bocage,
Vent de la Vienne... Ces noms tempétueux ont en commun de désigner des
associations qui luttent contre les éoliennes. Alors que la France décolle et a
doublé cette année son parc éolien, cette énergie renouvelable ne convainc pas
tout le monde. Une partie de ses opposants viennent de se regrouper en
fédération et le discours change.
Les reproches
sont connus: le bruit, la dégradation du paysage, l'effet négatif sur les
oiseaux qui se tuent dans les pâles... Si personne ne conteste l'impact sur le
paysage, la façon dont l'éolienne plantée sur la colline est ressentie reste
forcément subjective: « Il faut
que ces éoliennes soient souhaitées et non subies, s'il y a concertation et une
bonne étude du dossier, en général cela ne pose pas de problème .» constate Michèle Pappalardo, présidente de l'Ademe
qui reconnaît que des cas sont mal passés. Mais certains militants antiéoliens ont compris qu'il fallait sortir du schéma «Not in My Backyard», «pas de ça chez moi», et
adopter d'autres arguments: ils s'attaquent au coût et à l'efficacité des
éoliennes, dénoncent l'éolien industriel.
Ainsi
Jean-Louis Butré, principal initiateur de la nouvelle
fédération et président de deux associations antiéoliennes
insiste: «Nous sommes pour les
énergies renouvelables mais l'une a pris le contrôle, c'est un vaste système
totalement subventionné poussé par les Verts et le lobby industriel dont Areva (1), champion du nucléaire, Total ou Elf. On a lâché des centaines
de promoteurs qui proposent à des agriculteurs en difficulté de louer leur
champ. L'électricité produite par les éoliennes est rachetée deux à trois fois
le prix normal.» Il lutte contre des projets dans la Vienne et
n'est pas le seul à vouloir défendre d'autres énergies renouvelables.
Bois, solaire
thermique, hydroélectricité ont toutes les faveurs des antiéoliens
comme Jean-Marc Jancovici, expert climatique et
conseiller de Nicolas Hulot, et qui ne va pas dans le sens du vent: «On perd son temps et son argent, on crée
des illusions. La seule façon de consommer moins d'énergie, c'est d'augmenter
les prix. Si l'on mettait tout l'argent investi dans les éoliennes, dans
l'isolation des logements, on gagnerait vingt fois plus de CO2. Et l'émission
de CO2 est un problème bien plus important que celui des déchets nucléaires.
L'éolien, c'est un cache-sexe pour les gens qui n'aiment pas le
nucléaire.»
Pro et antiéoliens s'accusent d'être du lobby pro ou
antinucléaire. Michèle Pappalardo, resitue la
problématique, d'accord sur un point avec Jancovici:
il faut d'abord réduire la consommation et les émissions de gaz à effet de
serre. Le kw/h éolien doit remplacer un kw/h produit à partir d'une énergie fossile. «La part d'électricité produite par les
énergies renouvelables sera toujours limitée, on ne va pas couvrir la France
d'éoliennes. Aujourd'hui, cette énergie est la moins chère des renouvelables
(hors hydroélectricité), le kw/h éolien n'est pas
très loin du kw/h gaz. Pourquoi nos voisins européens
comme le Danemark, l'Allemagne ou l'Espagne feraient-ils de l'éolien si c'était
un choix stupide?» Selon un sondage de l'Ademe
auprès des habitants de communes avec éoliennes ou limitrophes, 93 % des
personnes leur sont favorables.
(1) Le numéro
1 mondial du nucléaire lance une OPA sur un fabricant allemand d'éoliennes.