En France, l'impact de la croissance verte reste un sujet de débat

LE MONDE | 25.09.08 | 13h21  •  Mis à jour le 25.09.08 | 13h21

"La croissance verte n'est pas la réponse appropriée à la crise que traverse l'économie française." Cette phrase meurtrière pour le ministre de l'écologie, Jean-Louis Borloo, aurait sans surprise pu venir d'un des élus de la majorité, qui, au cours des derniers jours, n'ont cessé de tirer sur le Grenelle de l'environnement. Mais c'est Jean-Pierre Clamadieu, le président de la commission du développement durable du Medef, qui l'a prononcée : l'homme censé porter dans les entreprises cette révolution, dont la présidente de l'organisation patronale, Laurence Parisot, promettait de faire "l'atout concurrentiel de la France" en janvier. Moins d'un an après, les convictions affichées se sont érodées.

 

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Ce changement de pied est cependant loin de faire l'unanimité. "Il y a dans la croissance verte des relais de croissance et ceux qui auront pris de l'avance technologique dans cette mutation seront les premiers à en tirer bénéfice", soutient Pierre-Noël Giraud, du Centre d'économie industrielle, déplorant que la crise financière puisse "atteindre des choix aussi fondamentaux". Eloi Laurent, de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), se montre aussi critique : "Le gouvernement doit s'engager sans tarder dans un modèle peu intensif en carbone, il représente l'avenir de l'économie."

GISEMENT DE CROISSANCE

Au moment où le retournement du marché de l'immobilier se confirme, les professionnels du secteur, eux, n'hésitent pas. "Nous avons là un gisement de croissance", affirme Lionel Dunet, président du conseil national de l'ordre des architectes. "Renforcer les performances énergétiques des bâtiments représente un surcoût de 10 % à 15 %, mais cela est aujourd'hui devenu indispensable." En 2012, tous les bâtiments neufs devront être "Bâtiment basse consommation" (BBC), c'est-à-dire consommer moins de 50 kilowattheures par mètre carré et par an, deux fois moins que le niveau réglementaire actuel.

Pour absorber les surcoûts, d'environ 20 000 euros par maison, les constructeurs comptent sur le prêt écologique à taux zéro annoncé par le gouvernement.

Le gisement de croissance est encore plus vaste dans la rénovation des 31 millions de logements existants. Les travaux de remise aux normes sont estimés à environ 20 0000 euros par logement, ouvrant un marché de 600 milliards d'euros, créateur de main-d'oeuvre non délocalisable.

Dans l'énergie, tous les grands industriels se sont engagés dans le renouvelable. EDF, GDF Suez ou Poweo ont racheté des exploitants de parcs éoliens en France ou à l'étranger ; 75 000 emplois supplémentaires devraient être créés dans l'éolien d'ici à 2010. Le fabricant de centrales nucléaires Areva s'est aussi lancé depuis 2007 dans l'exploitation de la biomasse. Total a renforcé ses investissements dans le solaire photovoltaïque. Dans le bâtiment et l'énergie au moins, la croissance verte semble bien être une possible réponse à la crise.