Pour sortir de la civilisation du pétrole, il faut un changement de paradigme qui fasse de l'excellence environnementale et de la justice énergétique des principes réorganisateurs de l'action publique. Question de courage et de volonté politiques. Or les demi-mesures du « pacte pour l'environnement » annoncé par le gouvernement ne permettent pas de véritable réduction de la consommation pétrolière. Rien sur le ferroviaire et le ferroutage. Pas de fiscalité écologique incitative. Aucune mise à contribution des entreprises pétrolières. Trop d'oublis, d'incohérences et de conservatisme pour engager réellement la France dans un nouveau scénario énergétique. « Les petits moyens, disait Stuart Mill, ne produisent même pas de petits effets, ils ne produisent aucun effet ».
D'autres pays, pourtant, agissent efficacement. La Suède a pris le temps d'un diagnostic partagé associant des industriels, des chercheurs, des fonctionnaires, des citoyens. Elle a fait le choix de la transparence démocratique, du débat public et du volontarisme politique. En 2020, elle sera totalement libérée du pétrole et les énergies renouvelables représentent déjà 35 % de sa consommation nationale. La Suède est l'un des deux pays européens en passe d'atteindre les réductions d'émissions de CO2 fixées par le protocole de Kyoto. La France pourrait en faire autant à condition de le vouloir.
En Poitou-Charentes, nous avons décidé de respecter les objectifs de Kyoto en réduisant nos émissions de CO2 de 800.000 tonnes d'ici à 2010. Nous n'abordons pas l'après-pétrole comme une contrainte, mais comme une chance d'innovation. Nous faisons de l'excellence environnementale une préoccupation transversale qui irrigue toutes nos politiques sectorielles et à laquelle nous consacrons plus du tiers du budget régional. Nous activons conjointement toutes les touches d'un clavier où les consommations évitées sont aussi importantes que la diversification des énergies renouvelables. Nous privilégions une démarche participative qui favorise la mobilisation de tous les acteurs, publics et privés. Dans les transports (44 % des émissions régionales de gaz à effet de serre), nous donnons la priorité au ferroviaire, à la modernisation des infrastructures et du parc, au développement d'une offre accessible à tous qui comprend, un jour par mois, le TER à 1 euro. La fréquentation des trains régionaux a augmenté de 28 % en deux ans et nous venons de signer avec la SNCF un protocole pour l'expérimentation d'un agrocarburant. Dans l'habitat, nous aidons financièrement la réduction des consommations et l'utilisation des énergies renouvelables, des chaudières à bois aux équipements solaires, des générateurs photovoltaïques aux constructions en bois économes en énergie. Dans les lycées, toutes les opérations de maintenance et de réhabilitation intègrent ces objectifs et favorisent le recours à la biomasse, à l'énergie solaire ou éolienne, aux huiles végétales en remplacement du fuel. Nous construisons un lycée « zéro énergie fossile » et nous implantons sur le site de l'université de Poitiers un bâtiment énergétiquement autonome.
Dans cette mobilisation générale à l'échelle régionale, tout se tient. C'est pourquoi nous agissons également pour que l'excellence environnementale soit intégrée à la formation initiale et continue, devienne une dimension de notre développement économique et de la compétitivité de nos entreprises, contribue à la création d'emplois d'avenir. Nous soutenons financièrement la recherche et l'innovation, l'essor des écoproduits et des écoprocédés, la production et la consommation d'agrocarburants et d'agrocombustibles. Nous faisons de la commande publique un outil de ce combat énergétique global.
La France pourrait, si son gouvernement s'y engageait sans réserve, accélérer son passage à l'après-pétrole. Exemplaire chez elle, elle serait plus crédible hors de ses frontières. Elle pourrait pousser l'Europe à faire de la question énergétique l'un des moteurs de sa relance politique et de ses retrouvailles avec les citoyens. Et bâtir avec les pays du Sud un codéveloppement qui tire le meilleur parti des énergies non fossiles dont ils disposent en abondance.
Dans le domaine de l'énergie, le laisser-faire, laisser-aller marche encore moins qu'ailleurs. Soupçonnée d'impuissance face aux désordres du monde, l'action politique doit prouver sa capacité à conduire, dans l'intérêt de tous et en y associant les Français, une mutation énergétique réussie. Pour dépasser les égoïsmes et les intérêts antagoniques qui retardent notre émancipation de la contrainte pétrolière, il faut clarifier les choix, faire appel à l'intelligence collective de nos concitoyens et, une fois le cap fixé, assumer, au sommet de l'Etat, un pilotage ferme. C'est cela aussi l'enjeu de 2007.


La grande panne
d'électricité qui a plongé dans le noir 10 millions d'Européens le 4
novembre dernier remet sur le devant de la scène le débat sur le nucléaire
dans plusieurs pays d'Europe, et notamment l'Allemagne, la Pologne et la
Finlande. En Allemagne, alors que «le pays s'était engagé à sortir du
nucléaire d'ici à 2021», plusieurs voix se font entendre pour que cette
position soit revue rapidement, et notamment les industriels qui ne sont
pas convaincus que les énergies renouvelables, même si elles sont en
«constante progression», puissent un jour «remplacer la capacité du
nucléaire sur le long terme». De même, la Pologne, qui voudrait
«s'émanciper de la tutelle russe», «étudie actuellement plusieurs pistes
pour diversifier ses approvisionnements énergétiques» et notamment la
construction d'une centrale nucléaire. Enfin en Finlande, pour pallier la
flambée des prix des hydrocarbures et une dépendance vis-à-vis de la
Russie, les Finlandais ont relancé en 2002 leur programme nucléaire. Et
alors que Olkiluoto 3 doit entrer en activité en 2010, des voix s'élèvent
déjà pour envisager la construction «d'une nouvelle capacité de production
d'électricité» et «l'hypothèse d'un sixième réacteur n'est pas à écarter»
(Le Figaro, 24.11).