Le mardi 13 février 2007 Un vent de réalisme André Pratte La Presse
Même les plus
enthousiastes devront se rendre à l'évidence: malgré tout son potentiel,
l'énergie éolienne n'est pas une solution miracle à nos problèmes d'énergie et
d'environnement. Cette conclusion ressort notamment du dernier bilan produit
par la firme britannique ABS Energy
Research, dont faisait état la semaine dernière
notre collègue François Cardinal (La Presse, 10 février 2007).
Ce document n'est pas fondé sur les thèses des partisans ou des adversaires de
l'énergie éolienne mais sur les expériences concrètes des producteurs et
distributeurs d'énergie éolienne, en particulier dans les pays européens où
cette forme d'énergie est répandue. Il en ressort que si la technologie
éolienne est en progression rapide depuis quelques années, elle continue de
causer des problèmes importants de stabilité, de fiabilité et de
prévisibilité.
L'expérience allemande est éloquente à cet égard, même si la production en
Allemagne est le fait de milliers de petites éoliennes plutôt que d'engins
géants comme ceux qui seront montés au Québec au cours des prochaines années.
La compagnie E.ON est responsable de la
transmission de l'électricité en Allemagne. Dans ses rapports annuels sur
l'éolien, elle souligne à gros traits les faiblesses de cette source
d'énergie.
En raison des «fluctuations extrêmes» des vents, la
production des parcs d'éoliennes varie considérablement non seulement d'une
année et d'un mois à l'autre, mais d'heure en heure. Durant la période de Noël
de 2004, la production des éoliennes allemandes est passée de 6000 MW à 2000
MW en l'espace de 10 heures. C'est comme si huit centrales au charbon avaient
soudainement cessé de fonctionner! Sur le réseau d'E.ON,
les éoliennes produisent moins que 14% de leur capacité durant la moitié de
l'année. Cela signifie que l'énergie produite par les éoliennes, même là où il
y en a un nombre considérable comme en Allemagne, n'est jamais garantie. Qu'arrive-t-il
si, une journée où la demande est forte, les vents sont faibles? Il faut une
autre source d'énergie: «Des centrales traditionnelles d'une capacité
équivalente à 90% de la capacité de la filière éolienne doivent être en ligne
en permanence afin de garantir la disponibilité d'énergie en tout temps.»
L'expérience européenne confirme les prétentions d'Hydro-Québec,
selon qui l'éolien ne pourra prendre beaucoup d'expansion au Québec sans que
soient développés en parallèle de nouveaux projets hydroélectriques.
Ici, comme en Norvège et au Danemark, l'énergie éolienne permettra au
producteur de laisser monter le niveau d'eau dans ses réservoirs, une bonne
chose en soi. Toutefois, comme le note ABS, «ceci annule la réduction des
émissions de carbone promise par l'éolien puisque cette électricité remplace
la production de centrales hydroélectriques, qui elles non plus n'émettent pas
de gaz à effet de serre».
En somme, la production d'électricité par le vent est beaucoup plus complexe
qu'on ne le croit. «En Allemagne, soulignent les dirigeants d'E.ON,
l'expansion de l'énergie éolienne rend la population de plus en plus
consciente des défis techniques que présentent son intégration au système en
place.» Souhaitons qu'une telle prise de conscience ne mette pas trop de temps
à émerger au Québec.
apratte@lapresse.ca