Environnement-énergie-éolien
Des associations se fédèrent pour couper le souffle aux éoliennes
Par Vilem BISCHOF

PARIS, 23 jan 2007 (AFP) - Les opposants français aux éoliennes viennent de se constituer en fédération pour "dénoncer l'hégémonie de l'éolien industriel" au détriment d'autres énergies renouvelables, "nettement plus efficaces", selon des responsables de cette initiative mardi.
L'objectif de la "Fédération environnement durable" (FED), basée à Rouillé (Vienne), est de coopérer avec les organisations locales, nationales et internationales animées par les mêmes objectifs. Une cinquantaine sont dès à présent affiliées à la fédération, ce nombre devrait vite atteindre plusieurs centaines, a précisé à l'AFP Jean-Louis Butré, président de deux de ces associations, Vent du Bocage et Vent de la Vienne.
"Nous avons le sentiment que ce combat ne pourra être gagné que si nous lui donnons une dimension nationale", poursuit-il, en soulignant que ce vent de fronde n'est pas dirigé contre les petites éoliennes individuelles, mais contre les intérêts des "industriels de l'éolien, qui disposent de moyens financiers majeurs pour arriver à leur fins".
La nouvelle fédération structurée en départements souhaite "dénoncer les nuisances et lutter contre les méthodes employées pour implanter l'éolien industriel en France", tout en soutenant les économies d'énergie et les "énergies renouvelables intelligentes" (solaire, micro-hydraulique, biocarburants, biomasse, géothermie.)
Dans le monde, précise M. Butré, environ 1.500 associations luttent contre l'éolien. "Les plus actives se trouvent actuellement en Grande-Bretagne (en Ecosse et au Pays de Galles), au Canada (Québec), mais il en existe dans des pays comme le Danemark, la Hollande, l'Allemagne ou l'Espagne, qui sont envahis d'éoliennes", ajoute-t-il.
Selon les derniers chiffres du ministère de l'Ecologie, le parc éolien français est actuellement de 1.350 mégawatts (MW) en capacité installée, contre 757 MW un an plus tôt. D'ici 2010, cette capacité devrait se situer entre 5.000 et 7.000 MW.
Le débat entre les "pour" et les "contre" n'est pas prêt de s'arrêter. Pour l'ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), l'éolien est l'objet "de rumeurs et de cancans" et apporte de bonnes réponses aux évidentes questions de l'environnement.
Faux, s'insurgent ses adversaires. L'éolien est une solution aux "capacités techniques réduites, qui entraîne des coûts élevés, crée des nuisances pour la santé, atteint la nature, perturbe la faune, détruit les paysages et le patrimoine de notre pays", martèle M. Butré.
Pour ses promoteurs, le bruit - principal reproche - est, à 500 mètres d'une éolienne, "celui d'une conversation à voix basse". Les adversaires y opposent des témoignages sur les difficultés de supporter ce bruit répétitif, "tel le ronflement d'un avion".
Pour l'ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage), le risque pour les oiseaux d'être victimes des pales des éoliennes est très inférieur à ceux posés par la circulation routière, les lignes électriques ou collisions contre des baies vitrées.
Des naturalistes écossais crient au scandale quant au projet d'en installer un parc sur Lewis, la principale île des Hébrides, au large de l'Ecosse, connue en tant que refuge d'importance mondiale pour les oiseaux protégés.
En France, dans la Vienne, région du siège de la FED, l'idée d'ériger plusieurs éoliennes dans le voisinage de la Vallée des singes, au sud de Poitiers, inquiète fortement les responsables de ce célèbre parc animalier.
 

 

 

 

 

 

 

 

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XXIe siècle. Energie

Des bâtons dans les pales

En France, les opposants dénoncent le lobbying des Verts et des industriels.

Par Sylvie BRIET

QUOTIDIEN : samedi 27 janvier 2007

Vent de respect, Vent de raison, Vent de colère, Vent du bocage, Vent de la Vienne... Ces noms tempétueux ont en commun de désigner des associations qui luttent contre les éoliennes. Alors que la France décolle et a doublé cette année son parc éolien, cette énergie renouvelable ne convainc pas tout le monde. Une partie de ses opposants viennent de se regrouper en fédération et le discours change.

Les reproches sont connus: le bruit, la dégradation du paysage, l'effet négatif sur les oiseaux qui se tuent dans les pâles... Si personne ne conteste l'impact sur le paysage, la façon dont l'éolienne plantée sur la colline est ressentie reste forcément subjective: « Il faut que ces éoliennes soient souhaitées et non subies, s'il y a concertation et une bonne étude du dossier, en général cela ne pose pas de problème .» constate Michèle Pappalardo, présidente de l'Ademe qui reconnaît que des cas sont mal passés. Mais certains militants antiéoliens ont compris qu'il fallait sortir du schéma «Not in My Backyard», «pas de ça chez moi», et adopter d'autres arguments: ils s'attaquent au coût et à l'efficacité des éoliennes, dénoncent l'éolien industriel.

Ainsi Jean-Louis Butré, principal initiateur de la nouvelle fédération et président de deux associations antiéoliennes insiste: «Nous sommes pour les énergies renouvelables mais l'une a pris le contrôle, c'est un vaste système totalement subventionné poussé par les Verts et le lobby industriel dont Areva (1), champion du nucléaire, Total ou Elf. On a lâché des centaines de promoteurs qui proposent à des agriculteurs en difficulté de louer leur champ. L'électricité produite par les éoliennes est rachetée deux à trois fois le prix normal.» Il lutte contre des projets dans la Vienne et n'est pas le seul à vouloir défendre d'autres énergies renouvelables.

Bois, solaire thermique, hydroélectricité ont toutes les faveurs des antiéoliens comme Jean-Marc Jancovici, expert climatique et conseiller de Nicolas Hulot, et qui ne va pas dans le sens du vent: «On perd son temps et son argent, on crée des illusions. La seule façon de consommer moins d'énergie, c'est d'augmenter les prix. Si l'on mettait tout l'argent investi dans les éoliennes, dans l'isolation des logements, on gagnerait vingt fois plus de CO2. Et l'émission de CO2 est un problème bien plus important que celui des déchets nucléaires. L'éolien, c'est un cache-sexe pour les gens qui n'aiment pas le nucléaire.» 

Pro et antiéoliens s'accusent d'être du lobby pro ou antinucléaire. Michèle Pappalardo, resitue la problématique, d'accord sur un point avec Jancovici: il faut d'abord réduire la consommation et les émissions de gaz à effet de serre. Le kw/h éolien doit remplacer un kw/h produit à partir d'une énergie fossile. «La part d'électricité produite par les énergies renouvelables sera toujours limitée, on ne va pas couvrir la France d'éoliennes. Aujourd'hui, cette énergie est la moins chère des renouvelables (hors hydroélectricité), le kw/h éolien n'est pas très loin du kw/h gaz. Pourquoi nos voisins européens comme le Danemark, l'Allemagne ou l'Espagne feraient-ils de l'éolien si c'était un choix stupide?» Selon un sondage de l'Ademe auprès des habitants de communes avec éoliennes ou limitrophes, 93 % des personnes leur sont favorables.

(1) Le numéro 1 mondial du nucléaire lance une OPA sur un fabricant allemand d'éoliennes.