23/11/05
L’ÉNERGIE ÉOLIENNE
par Le « Groupe de Réflexion sur l’énergie et l’environnement au XXIème siècle « GR21 »
1
Le « Groupe de
Réflexion sur l’énergie et l’environnement au XXIème
siècle «
GR21
» rassemble (sous l’égide de la SFEN*) une centaine de
scientifiques, ingénieurs, économistes, chercheurs et médecins qui ont exercé pendant de longues années des responsabilités
dans l’industrie ou la médecine nucléaires, et ont engagé une réflexion approfondie sur les problèmes
énergétiques et environnementaux. Dégagés de leurs obligations professionnelles, ils s’expriment en toute
liberté.
| 1. DÉVELOPPEMENT DE L’ÉOLIEN INDUSTRIEL : GÉNÉRALITÉS | 2. QUELQUES DONNÉES TECHNIQUES |
| 3. DONNÉES ÉCONOMIQUES | 4. DONNÉES ÉCOLOGIQUES |
| 5. L’EXPÉRIENCE ALLEMANDE | 6. L’ÉOLIEN EN FRANCE |
| CONCLUSION | |
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L’éolien redécouvert L’énergie éolienne est utilisée par l’homme depuis des millénaires
: navigation, moulins, pompage. Elle a joué un rôle économique relativement important au cours des
siècles avant d’être supplantée par les énergies fossiles à partir du début du 19ème siècle. Si quelques prototypes
d’éoliennes génératrices d’électricité ont vu le jour dès le milieu du 20ème siècle, notamment en France, en
Grande-Bretagne et au Danemark, ce n’est que dans les années 80 que l’éolien
industriel commence vraiment à se développer et dans les années 90 qu’il connaît un véritable essor
dans un certain nombre de pays. Le développement de l’éolien s’inscrit dans le cadre de la
promotion des énergies renouvelables, face aux dangers que représente à l’échelle planétaire le recours
massif aux énergies fossiles. D’autre part l’énergie éolienne bénéficie d’une façon générale d’une bonne
image auprès du public malgré les oppositions locales qui naissent fréquemment autour des projets
pour des motifs environnementaux. En fait, l’éolien industriel qui aujourd’hui ne s’impose toujours
pas économiquement, voit son développement lié aux politiques plus ou moins incitatrices
propres à chaque pays, ce qui conduit à des situations très contrastées d’un pays à un autre. La situation actuelle A l’échelle mondiale la puissance éolienne installée,
insignifiante au début des années 90, atteint aujourd’hui environ 40 000 MW2 et s’accroît de 6 à 7 000 MW par an pour une part encore très modeste − de l’ordre de 0,4% − de la production d’électricité
mondiale. La plus grande partie de la puissance installée (75%) se trouve en Europe, trois pays venant
largement en tête : l’Allemagne, l’Espagne et le Danemark avec respectivement environ 15 000, 5 000
et 4 000 MW. Ces parcs produisent de l’ordre de 4% de la consommation d’électricité en
Allemagne ainsi qu’en Espagne et 18% au Danemark3. La Grande Bretagne qui possède le premier potentiel éolien d’Europe
et les Pays- Bas sont également actifs dans la filière. Hors Europe seuls les
Etats-Unis ont un parc significatif de 6 000 MW principalement localisé en Californie.
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Le « Groupe de
Réflexion sur l’énergie et l’environnement au XXIème
siècle «
GR21
» rassemble (sous l’égide
de la SFEN*) une centaine de
scientifiques, ingénieurs, économistes, chercheurs et médecins qui ont exercé
pendant de longues années des responsabilités
dans l’industrie ou la médecine nucléaires, et ont engagé une
réflexion approfondie sur les problèmes
énergétiques et environnementaux. Dégagés de leurs obligations
professionnelles, ils s’expriment en toute
liberté.
* Société Française de l’Énergie Nucléaire
(société savante).
2
1 MW (mégawatt) représente une
puissance de 1000 kW (kilowatts).
3
6 TWh sur 34 consommés ; mais
une partie des 6 TWh est probablement exportée vers l’Allemagne en période
de faible consommation danoise et fort vent. En Allemagne, 20 TWh
« éoliens » sur une consommation totale de
500 TWh. 1 TWh (térawatt-heure) représente un million de MWh
(mégawatt-heure), soit un milliard de kWh. La France, avec seulement 405 MW4
de puissance installée fin 2004, figure parmi les
pays européens les moins équipés, bien que possédant le deuxième potentiel éolien
d’Europe. Il est vrai que la très faible quantité d’énergie fossile consommée pour sa production d’électricité
n’impose pas, au niveau national, le recours à l’éolien comme chez certains de ses
voisins. Cependant pour répondre à l'objectif indicatif auquel la France a
souscrit en 2001 auprès de l’Union Européenne dans le cadre d’une directive (21% d’énergie
renouvelable dans sa production d’électricité à l’horizon 2010) un tarif très avantageux d’achat de la
production éolienne a été mis en place cette année-là5.
C’est ainsi qu’après un très lent démarrage qui a vu les premières
installations industrielles n’apparaître sur notre sol qu’en 1997, la filière n’a pris
véritablement son essor qu’en 2001. Jusque là principalement concentrés en Languedoc-Roussillon,
région particulièrement bien ventée (45% du parc français) les projets d’installations industrielles
se développent aujourd’hui dans de nombreuses régions, en particulier : Pays de Loire (22%), Nord -
Pas de Calais (13%) et Bretagne. La croissance du parc s’est fortement accélérée ces dernières années
: + 90 MW en 2003 et + 156 MW en 2004. Les régions insulaires (Corse et DOM-TOM représentent 15% de
la puissance installée. Avec un temps d’utilisation moyen en France de 2500 heures6, la production annuelle est
aujourd’hui d’environ 1TWh soit 0,2% de la consommation nationale d’électricité. Ces chiffres montrent que, malgré un certain dynamisme de la
filière dans plusieurs pays industrialisés où les projets se sont multipliés, (plus de 15 000 éoliennes sur
le sol allemand), sa place reste très modeste en terme de production. Son développement devrait
néanmoins se poursuivre, voire s’accélérer et sans doute s’étendre en dehors du cercle des pays
industrialisés7,
en continuant à bénéficier lorsque nécessaire d’impulsions au niveau politique,
mais aussi grâce à une meilleure rentabilité des projets liée aux progrès techniques et industriels
de la filière. Sur le plan technique, la puissance unitaire des machines
proposées par les constructeurs, restée longtemps inférieure au MW, est aujourd’hui couramment de 2,5 MW
et des prototypes de 5 MW sont en cours de réalisation. Ces niveaux de puissance devraient
permettre d’améliorer la compétitivité des projets et d’accroître leur taille afin d’assurer, en
réduisant le nombre de sites, une meilleure maîtrise des impacts environnementaux. Des dispositions allant
dans ce sens sont inscrites dans la loi de programme fixant les orientations de la politique énergétique
afin d’éviter le « mitage » excessif observé dans certaines régions du Danemark ou d’Allemagne. L’augmentation de la puissance des machines devrait également
faciliter le développement des projets offshore, qui nécessitent d’importants travaux de fondation et de
raccordement. Malgré le peu d’expérience et de références sur ce type d’installations,
beaucoup d’espoirs sont aujourd’hui fondés sur l’éolien offshore. Ainsi l’Allemagne, qui voit la croissance
de son parc à terre ralentir depuis deux ans, mise sur la réalisation de grands parcs au large de ses côtes
afin de produire en éolien 15% de ses besoins en électricité à l’horizon 2030. Quelles sont les prospectives françaises ? L’arrêté du 7 mars 2003
fixe pour 2007 des objectifs compris entre 2000 et 6000 MW, pour respecter une croissance
annuelle du parc sur les trois ans à venir comprise entre 500 et 1500 MW, (elle a été de 156 MW en
2004). L’ADEME donne également une large fourchette pour l’horizon 2010, de 7000 à 14000 MW
installés, et une progression au delà de 2010 proche de 2000 MW/an dont 40% offshore. Qu’en sera-t-il vraiment ? Examinons plus en détail les atouts et
les défauts de cette filière sous ses différents aspects pour essayer de mieux évaluer la place qu’elle
est susceptible de tenir dans l’approvisionnement en énergie, notamment dans notre pays, au
cours des décennies à venir.
4
78 parcs regroupant 628
éoliennes.
5
Arrêté ministériel « Cochet »
du 8 juin 2001
6
Chiffre indiqué par la DGEMP
comme moyenne, que nous retiendrons en soulignant qu’il apparaît optimiste.
7
Le Maroc a déjà engagé un
programme éolien relativement important avec notamment le parc de Koudia Al
Baïda à 20 km au nord de Tetouan, où sont installées 84 machines
de 600 kW en service depuis 2001 (parc
réalisé par une société à capitaux français, dont EDF à 49 %).
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2 Énergie récupérable L'énergie récupérable – celle qu’il est possible de prélever de
l'énergie cinétique du vent – est proportionnelle à la surface balayée par le rotor et au cube de la
vitesse du vent. La puissance maximum récupérable est donnée par la loi de Betz : P = 0,37. S. V 3 où S est la surface balayée et V est la vitesse du vent. En pratique, une éolienne démarre avec des vitesses de vent autour
de 10 à 15 km/h, atteint sa puissance nominale pour des vents de 50 km/h et doit être arrêtée
pour des raisons de sécurité quand le vent atteint 90 km/h. Le profil type de la puissance fournie en
fonction de la vitesse du vent est ainsi le suivant : Les éléments constitutifs d'une éolienne. Une grande éolienne moderne est constituée de plusieurs éléments : • Une tour cylindrique en acier d’une
hauteur pouvant aller jusqu'à 100 mètres dans laquelle se trouve l'échelle d'accès et les câbles de raccordement. À son pied
est implanté le transformateur d'adaptation au réseau électrique. • Une nacelle située en haut de
la tour, qui contient les installations de production d'électricité (multiplicateur et générateur) et de pilotage (orientation et
freinage) • Le rotor qui comporte en
général trois pales. L’avènement des matériaux composites a permis d'importants progrès notamment sur la forme, la dimension et les
caractéristiques mécaniques des pales. Dans les éoliennes modernes de production d'électricité, le rotor
tourne lentement (30 à 40 tours par minute), alors que les générateurs classiques de série tournent à
1500 tours/min environ. L’utilisation de ces alternateurs classiques, intéressants au plan économique
car produits en grande série, nécessite l’interposition d’un multiplicateur de vitesse, pièce lourde et
coûteuse. Pour les grandes éoliennes la tendance est au développement de génératrices spéciales à basse
vitesse dites « à attaque directe », entraînées directement par le rotor. Deux fabricants (Jeumont et
Enercon) ont développé ce type de matériel. Les dispositifs de pilotage et de freinage sont des éléments
essentiels de la survie des éoliennes : la plupart des accidents sont venus d’un défaut de freinage des
machines qui doivent être impérativement arrêtées dès que la vitesse du vent atteint 90 km/h. Divers
systèmes de freinage existent, on en installe généralement au moins deux pour assurer une meilleure sécurité. Éoliennes terrestres ou offshore ? Le développement de l'éolien s'accompagne d'une course à la
puissance : le standard est passé de 750 kW par machine au milieu des années 90 à 2,5 MW actuellement. Les limitations de l'éolien terrestre sont bien connues (impact
sur le paysage, limitation du nombre de sites, perception de nuisances par la population). Les ressources
en mer sont plus importantes, le vent y est plus fort et surtout plus régulier. L'offshore (implantation
en mer) apparaît donc intéressant, mais de nombreux défis restent à relever : • Compenser le coût des projets
(nécessairement plus élevé) par une augmentation de taille des machines (3 à 5 mégawatts) ce qui nécessite des développements
importants notamment sur la technologie des pales • Concevoir des machines à faible
entretien, résistant aux conditions marines et à durée de vie longue. Le plus grand parc offshore en service actuellement est celui de
Middelgrunden au Danemark (20 éoliennes de 2 MW). Le programme allemand table sur plus de 15 000
MW offshore en 2020 (voir chapitre 5). La France vient, en septembre 2005, de retenir sur
appel d’offres un projet de 21 machines de 5 MW à Veulette sur mer, au large des côtes de la Seine
Maritime. L'insertion des éoliennes dans les réseaux
électriques Comme on l'a vu, une des caractéristiques de l'éolien est d'être
intermittent. Il conviendra donc de disposer d'un réseau comprenant une puissance installée de
réserve, prête à démarrer dès que les éoliennes s’arrêtent. On dispose actuellement de quelques éléments
pour chiffrer cette puissance de réserve nécessaire : Elle est estimée à 90% de la puissance
éolienne en Allemagne, mais ce chiffre élevé est dû au nombre d’heures de fonctionnement particulièrement
faible dans ce pays (1500 h/an en moyenne). En France, où l’on table sur une production moyenne de
2500 h/an8,
on peut espérer que la puissance thermique en réserve n’excédera pas les 2/3 de la
puissance éolienne installée, compte tenu du foisonnement des aléas sur un grand réseau. L’obligation d’une
reprise très rapide en cas d’arrêt brutal des éoliennes impose des centrales thermiques à flamme
maintenues à basse puissance ou de l’hydraulique de barrage : les batteries, malgré d’importants
progrès, sont très loin d’offrir la puissance nécessaire. L’installation d’un parc éolien important dans une même région
peut poser un grave problème de réseau en cas d’arrêt forcé de l’ensemble des machines. La
question se pose de façon cruciale pour les quelque 15 000 MW que les Allemands projettent d’installer en Mer
du Nord : en cas de tempête avec des vents nécessitant l’arrêt des 15 000 MW, comment assurer l’alimentation
du réseau ? En outre, des problèmes d’intégration demeurent : • Dans les régions isolées
alimentées par des centrales diesel (les îles par exemple) le recours à l’éolien paraît particulièrement intéressant. Il semble cependant
que la technologie pour réguler le couplage éolien - diesel soit actuellement chère et
insuffisamment fiable. On peut cependant espérer des développements significatifs. • Sur les grands réseaux,
l'insertion de l'éolien pose des problèmes d'adéquation des fréquences dès lors que la proportion d'éolien devient significative. Le stockage Une des caractéristiques essentielles de l’énergie du vent étant
son intermittence, on pense immédiatement à un dispositif de stockage de l’énergie
excédentaire produite pour permettre son utilisation pendant les périodes d’absence de vent. Les accumulateurs peuvent être utilisés pour des installations
isolées et de petite taille (quelques kW). Seules les batteries au plomb, bien qu’encombrantes, sont bien
adaptées aux fluctuations propres aux éoliennes.
8
Ce chiffre officiel,
correspondant à un « rendement » de 29% est résolument optimiste si l’on se
réfère aux
résultats enregistrés. Pour des puissances plus importantes, des retenues hydrauliques
peuvent être envisagées quand la topologie s’y prête. Dans ce cas on installe une turbine entre
deux réservoirs haut et bas. L’énergie éolienne en excès sert alors à remplir le réservoir
supérieur dont l’eau sera turbinée pour fournir du courant en pointe. Cette méthode ne peut être envisagée
que dans des sites très particuliers et est limitée en puissance par la capacité des réservoirs et la
hauteur entre les deux réservoirs. Reste le stockage que l’on pourrait appeler virtuel qui consiste à
mettre au crédit de l’énergie éolienne l’hydraulique des barrages à laquelle on n’a pas fait appel
pendant des périodes de production éolienne. Cette conception ne s’applique que très partiellement au cas
français où les barrages sont en réserve pour assurer principalement les pointes de consommation. À terme, un programme massif de l’éolien nécessiterait donc le
développement de nouvelles technologies de stockage ; mais celles-ci n’existent pas aujourd’hui.
En particulier, la production d’hydrogène n’apparaît pas être à considérer à l’échelle de temps
des programmes éoliens envisagés actuellement. La production d’hydrogène nécessite par ailleurs des
investissements lourds, techniquement et économiquement mal adaptés à un fonctionnement
intermittent et aléatoire. La sécurité Quatre incidents ayant entraîné des dégâts importants ont été
constatés à ce jour en France • En 2000, le mât d'une machine
de Port la Nouvelle (Aude) s’est plié lors d'une tempête. • En 2002, lors de l'installation
d'une des éoliennes de Névian (Aude) l'une des pales s’est détachée et a entraîné l'effondrement du mât. • En 2004 à Boulogne : cassure d’une
puis deux pales au niveau de la tête du rotor avec rupture du mât à mi-hauteur. • En 2004 à Dunkerque, couchage
d'une éolienne, le mât et une partie de la fondation ayant été arraché, suivi de l'éclatement de la nacelle, du rotor et des
pales. À la suite de ces incidents et à la demande du Ministère de l'Industrie,
le Conseil Général des Mines a engagé une étude sur la sûreté de ces installations9 : L’analyse des incidents constatés en France et à l'étranger (l’Allemagne
et le Danemark représentent un bon échantillon statistique) permet de dégager les risques
suivants : • L’effondrement de la machine :
La zone de risque correspond à la surface limitée par un cercle de rayon correspondant à la hauteur totale, pales comprises
(soit 150m environ). • La projection d'objets : la
zone de risque, si l'on en juge par l’expérience allemande peut atteindre plusieurs centaines de mètres • L’impact de la foudre : La zone
de risque de choc électrique se limite aux abords immédiats mais des projections peuvent résulter d'effets induits comme
l'explosion d’une pale. • Les accidents du travail : il
s'agit des risques classiques liés au travail à grande hauteur ou en présence d'équipements sous haute tension ; c'est dans ce domaine
que sont recensés 95 % des décès dus à l’éolien constatés dans le monde. En conclusion la probabilité d'un accident de personnes du public
apparaît très faible dès lors que les précautions élémentaires d'éloignement des constructions
sensibles sont prises ; la procédure du permis de construire apparaît suffisante pour maîtriser ce
paramètre. En revanche, la probabilité d'occurrence d’accidents du travail lors du montage, de
l'exploitation et de la maintenance ne saurait être négligée.
9
Conseil général des Mines :
rapport n° 04-5 sur la sécurité des installations éoliennes- juillet 2004.
Disponible
sur le site www.cgm.org
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Coûts Le coût du kilowattheure éolien dépend d’un grand nombre de
paramètres ; outre les paramètres classiques comme le taux d'actualisation, certains sont soit mal
connus du fait du manque d'expérience (durée de vie, maintenance, production annuelle selon le site)
soit évolutifs (investissements, taille des machines). Ainsi la prévision d’un coût ne peut être que très
provisoire et à mettre à jour en permanence. Nous nous basons ici sur l'étude publiée en octobre
2004 par le Ministère de l'Industrie10. Cette étude élabore des coûts prévisionnels pour des fermes
éoliennes terrestres mises en service industriel (MSI) en 2007 et en 2015 et de caractéristiques
suivantes : MSI en 2007 MSI en 2015 Puissance unitaire (MW) 2 3,2 Nombre d’aérogénérateurs de la ferme 6 20 Durée de vie (années) 15 20 Hauteur au moyeu (m) 78 100 Diamètre des pales (m) 80 100 Les productions annuelles varient avec les sites et les conditions
climatiques. Avec la technologie disponible en 2007, on estime la production annuelle équivalente à
3000 heures à pleine puissance pour les très bons sites et à 2000 heures pour les sites moyens11. Un gain de 10% est attendu
avec la technologie disponible en 2015 du fait d'un meilleur rendement
pour un vent donné, et de l'augmentation de la vitesse du vent liée à l’augmentation de
hauteur. Le coût d'investissement se décompose en moyenne comme suit : • Machines : 70 % • Génie civil, transport, montage
: 10 % • Raccordement (très variable
selon les sites) 12 % • Divers (études et gestion de
projet) : 8 % En se plaçant dans une hypothèse de développement soutenu de la
filière, les coûts d’investissement, exprimés en Euros de 2001, passeraient de 1020 €/kW en 2004 à 922 €/kW
en 2007 et 785 €/kW en 2015. À noter que, dans le cadre d’une telle étude de coûts de
production, les investissements d’adaptation du réseau ne sont pas pris en compte ; les coûts de démantèlement
ont été par ailleurs supposés couverts par la revente des composants en fin de vie. L’enlèvement
du socle n’est pas considéré. Les coûts annuels d'exploitation sont estimés à 2,5 % du coût
d'investissement en 2007 et à 2 % en 2015. Les taxes annuelles (fiscalité locale) se situent entre 0,7% et
1,1% du montant de l’investissement. Les hypothèses retenues conduisent, pour un taux d’actualisation
de 8%, aux coûts de production suivants, en Euros par MWh 12:
10
DGEMP-DIDEME Coûts de référence
de la production électrique- Deuxième partie : moyens de production
décentralisés. 15/10/2004. Version pdf téléchargeable sur le site
:
www.industrie.gouv.fr
(dgemp/publications)
11 En France, la production et les
facteurs de charge sont publiés mois par mois et site par site (voir
www.suivieolien.
com/francais/SUIVI/SVFranceE.asp). La
production a été équivalente à 1960 heures à pleine puissance en
2003, 2130 h en 2004 et sera de l'ordre de 2000 en 2005. Ces
valeurs sont nettement supérieures à celles
enregistrées en Allemagne.
12
Pour l’éolien offshore, les
Danois et les Allemands se basent sur un surcoût du MWh de l’ordre de 30 %, dû
aux difficultés de montage et de maintenance, et aux coûts de
raccordement au réseau. Durée de fonctionnement annuelle → 2000h 2500h 3000h MSI en 2007 63,4 €/MWh 51,5 €/MWh 43,6 €/MWh MSI en 2015 52,6 €/MWh 42,8 €/MWh 36,4 €/MWh NB. En France la durée de fonctionnement annuelle moyenne
constatée sur la période 2003-2005 est de l'ordre de 2000h Ces coûts ne tiennent pas compte des externalités liées à l’intermittence
de l’éolien, qui peuvent être importants en fonction des sites et des réseaux concernés. . À titre de comparaison les coûts de référence établis dans les
mêmes conditions d’actualisation sont, pour différents types d'énergie13 : Charbon pulvérisé Charbon LFC Gaz cycle combiné Nucléaire EPR MSI en 2007 35,1 €/MWh 36,5 €/MWh 35,7 €/MWh MSI en 2015 33,7 €/MWh 32,0 €/MWh 35,0 €/MWh 28,4 €/MWh Retombées financières locales La construction des centrales éoliennes nécessite des moyens de
montage très performants compte tenu de la grande hauteur notamment en matière d’engins de levage.
Les équipements sont par ailleurs fabriqués par un petit nombre d’industriels européens, sans
possibilité de localisation importante. On ne peut donc pas attendre en France de retombées économiques
significatives à la construction. Pendant la phase exploitation, deux sujets suscitent l’intérêt : • La fiscalité locale sur la
production et le foncier. Elles représentent, annuellement, de l’ordre de 1% du montant de l’investissement • La rente de situation liée à l’obligation
d’achat de l’électricité à un tarif élevé faite aux électriciens. (cf. ci après) Prix de rachat de l’électricité produite ;
Rentabilité L’arrêté du 8 juin 2001 fixe le prix d’achat par EDF de l’électricité
produite suivant le tableau ci après : Qualité des sites Durée annuelle de fonctionnement de référence Années 1 à 5 (€/MWh) Années 6 à 15 (€/MWh) Années 16 et au-delà Deuxième contrat (€/MWh) 1900 h et moins 83,8 83,814 44,2 Entre 1900 et 2400 h 83,8 Interpolation linéaire 44,2 2400h 83,8 59,5 44,2 Entre 2400 et 3300 h 83,8 Interpolation linéaire 44,2 3300 h et plus 83,8 30,5 44,2 Ce tarif bénéficie d’une indexation annuelle. Il est applicable en
France métropolitaine. Le tarif pour la Corse et les DOM-TOM est supérieur de 12 €/MWh en moyenne. Si l’on se réfère aux coûts prévisionnels, ces prix d’achat sont
très incitatifs. Les investissements bénéficient de plus des conditions d'amortissement dégressif
extrêmement favorables accordées aux équipements de production d'énergie renouvelable (Articles 39 AA
et AB du Code Général des
13
DGEMP-DIDEME : « Coûts de
référence de la production électrique ». Décembre 2003. Version pdf
téléchargeable sur le site : www.industrie.gouv.fr
(DGEMP/publications). Le gaz y est estimé à
3,3$/MBTU et
le charbon à 40 €/t, mais les rejets de CO2
ne sont pas pris en compte.
14
Cette pérennité du prix d’achat
pour les sites médiocres est paradoxale, car elle n’incite pas à la recherche
de
sites « rentables ».
Impôts15. On a ainsi constaté un foisonnement de projets déposés après la
publication de l’arrêté. La Commission de Régulation de l’Électricité (CRE) a estimé que ce
tarif entraîne une rentabilité après impôt des fonds propres de 13% pour une durée de
fonctionnement de 2000 heures par an et 26 % pour 3000h par an16. Ce tarif engendre un surcoût égal au prix d’achat de l’éolien
minoré seulement de l’économie correspondante de combustible fossile ou nucléaire. Les graphiques
ci-dessous présentent les surcoûts annuels pour des puissances installées en 2010 de 5000 MW
(prévision du gouvernement) et de 12000 MW (prévisions de certains acteurs de la filière éolienne) Le surcoût cumulé sur les vingt prochaines années serait, selon la
CRE, compris entre 7 et 11 milliards d’euros dans l’hypothèse de 5000 MW installés en 2010 et compris
entre 17 et 26 milliards pour 12 000 MW installés. Ces surcoûts ne prennent pas en compte ceux
liés à la disponibilité de centrales thermiques nécessaires pour assurer la sécurité d’alimentation du
réseau face à l’intermittence de l’éolien. L’éolien offshore Quant à l’éolien offshore, un premier projet français de 105 MW
(21 machines) vient d’être lancé à Veulettes sur mer. Un communiqué du ministère de l’Industrie17 annonce un « prix d’achat garanti de 100€/MWh, à comparer à 45 €/MWh, prix de l’électricité
sur le marché de gros ». Il estime pour
ce seul projet un « surcoût annuel de
17 M€ à la charge des consommateurs »
tout en soulignant ─ mais peut-être s’agit-il d’humour ─ que « ce projet permettra aux Français d’apprécier l’intérêt de l’éolien offshore. » Les enjeux industriels :
15
Ces dispositions permettent à
un investisseur avisé, avec un parc croissant, d’économiser la totalité de son
impôt sur les sociétés. Un perte pour l’Etat finalement à la
charge du contribuable.
16
Avis de la Commission de
Régulation de l’Electricité en date du 5 juin 2001 –version pdf téléchargeable
sur le
site www.cre.fr
(délibérations)
17
Communiqué de presse N° 462 du
ministère de l’Industrie du 14 septembre 2005. 9 Les politiques de soutien au développement de l'éolien dans
plusieurs pays, particulièrement pour l'Europe en Allemagne et au Danemark, ont conduit à l'émergence
d'un marché, certes artificiel, mais stable et garanti. Une industrie s'est développée, dominée par les
constructeurs allemands, américains et danois qui se sont appuyés au démarrage sur leur marché
intérieur. Ce sont aujourd'hui les principaux intervenants sur le marché français: Constructeurs Part de marché français en 2004 GI Wind Energy (US) 35% Vestas (DK) 24% Enercon (D) 14% RE Power (D) 11% Jeumont (F) 11% Autres 5% Les constructeurs français perdent du terrain car ils ne disposent
pas de machines de forte puissance. Le groupe AREVA s'intéresse à la construction d'éoliennes,
d'autant qu'une synergie peut être développée avec son pôle Transmission-Distribution repris à
Alstom. Après s'être intéressé a l'achat du danois Bonus (finalement repris par Siemens), il a acquis en
septembre 2005 21,1% du capital de l'allemand RE Power, spécialisé dans les turbines à forte
puissance particulièrement bien adaptées aux implantations off shore.
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Aspects paysagers Nulle installation de production d’énergie n’est exempte d’un
certain impact paysager. A l’instar de l’énergie solaire, le vent est une énergie diffuse
et de très faible densité. Son intensité augmente avec la hauteur au-dessus du sol. Les installations
tendent donc vers de fortes puissances, avec des hélices de grand diamètre, ayant leur axe très au-dessus
du sol. On est passé du standard de 300 kW (80m de haut) au début des années 90 au standard terrestre
de 2,5 à 3,5 MW (130 à 150m de haut) à partir de 2004. Par ailleurs, l’effet de traîne conduit à
devoir espacer les éoliennes les unes par rapport aux autres. Ainsi, compte tenu de l’intermittence du vent, il faut par exemple
6000 éoliennes d’1 MW couvrant 420 km² pour produire autant d’électricité qu’une centrale
conventionnelle (charbon, gaz, nucléaire)18 de 1500 MW qui occupe 1 km². Cela n’a qu’une importance relative dans les régions industrielles
déjà largement couvertes d’édifices plus ou moins hauts et sans attrait touristique. Les éoliennes
doivent cependant être implantées sur les hauteurs, là où le vent souffle à son maximum. Si l’on y ajoute la
rotation des hélices, les installations industrielles éoliennes (baptisées « fermes » sans doute pour en
atténuer l’impact psychologique) se remarquent de loin. Les pays qui se sont lancés résolument dans la production éolienne
d’électricité ont couvert des régions entières d’éoliennes. La distance de visibilité des éoliennes croît avec le carré de la
hauteur de celles-ci. Ainsi une éolienne de 300 kW nominal (80 m de haut) est visible à 10 km en terrain
plat, alors qu’une éolienne de 2,5 MW nominal (150 m de haut) est dans les mêmes conditions visible
depuis 45 km. Ces distances sont en fait bien plus importantes car les éoliennes sont
préférentiellement situées sur des points hauts. Cette visibilité revêt une importance toute particulière dans les
régions touristiques ou comportant un patrimoine architectural historique. Sur les côtes, la ressource éolienne est importante. Ainsi la
façade atlantique européenne est-elle privilégiée pour l’éolien. Un bilan économique tourisme /
éoliennes devrait s’imposer préalablement à toute décision d’implantation. 18
Notons qu’il faut aussi
disposer d’une puissance « conventionnelle » presque aussi importante pour
suppléer
les éoliennes pendant les 80% du temps où le vent fait défaut. Notons que, quoiqu’ils n’y soient pas obligés, les investisseurs
enterrent généralement les lignes pour limiter l’impact visuel global. Autres aspects environnementaux Les plus Une énergie renouvelable : Le vent est renouvelable, et ainsi les kWh produits à partir de
l’énergie éolienne épargnent d’autant les ressources limitées de la Planète
en pétrole, gaz, charbon, et uranium. En cela, l’éolien contribue incontestablement au développement
durable. Rejets :
Le vent est une énergie propre : elle n’engendre aucun rejet19. Effet de serre : L’éolien ne rejette aucun gaz à effet de serre autre que celui
dû à la fabrication des matériaux employés (ciment, acier, etc.). C’est ce qui explique
son engouement dans des pays comme le Danemark et l’Allemagne, deux gros producteurs européens de CO2. Les moins Bruit :
La technologie des éoliennes a fait de grands progrès en matière de bruit. Il
demeure qu’avec l’accroissement de puissance unitaire des machines, le bruit
engendré reste perceptible de loin (45 dBA à 300 m pour les machines de dernière génération), et la
distance entre une installation éolienne et l’habitat n’est pas à ce jour fixée20. Interférences hertziennes : La rotation des hélices interfère avec les ondes hertziennes, et
une étude soignée doit être faite pour vérifier que cela n’entraîne aucune
gène vis-à-vis des riverains. Oiseaux :
Les côtes constituent des routes migratoires traditionnelles, et les pales en
rotation des hélices constituent un danger pour les oiseaux migrateurs (la
vitesse périphérique des pales peut atteindre 300 km/h)21. Effet stroboscopique : Plusieurs associations (allemandes notamment) se plaignent du
fait que les pales d’hélice cachant le soleil à intervalles lents et réguliers peut
avoir à la longue des répercussions psychologiques graves sur les riverains. Démantèlement : La tenue de mâts pouvant dépasser les 100 m de hauteur et
sollicités par le vent s’exerçant sur de gigantesques pales nécessite l’implantation de
socles de plusieurs centaines de tonnes de béton armé enfoncés en terre. Si l’enlèvement des parties
aériennes des éoliennes est explicitement mentionné sur la plupart des contrats, ceux-ci sont généralement
discrets sur le démantèlement de ces énormes blocs de béton. Kyoto et la place de l’énergie
éolienne L’énergie éolienne contribue à limiter la production de gaz
carbonique, notamment dans les pays où l’électricité est essentiellement produite à base de ressources
fossiles. C’est le cas du Danemark où l’éolien réduit de 18 % la production d’électricité à partir de
charbon et, à un degré sensiblement moindre, de l’Espagne et de l’Allemagne. A l’inverse, lorsque la
part des énergies fossiles dans la production d’électricité est faible (cas de la Suède, de la Suisse
et de la France), l’éolien ne permet pratiquement pas de réduire les rejets de CO2. 19
Cette qualité constitue un
avantage essentiel dans des pays bien ventés comme la Grèce comportant de
nombreuses îles, où l’éolien se substitue en partie aux diesels,
jusqu’alors seule source d’électricité, qui
entraînent une pollution massive de la mer Égée.
20
La jurisprudence semble donner
500m, mais cette distance est généralement jugée insuffisante par les
riverains.
21
Très sérieusement les
californiens utilisent une nouvelle unité : le « nombre d’oiseaux tués par MW
et par
an »
−
sic
−. Ce chiffre (0,05) devrait, selon les promoteurs d’éoliennes,
diminuer : les oiseaux (tout au moins
ceux qui ont réchappé !) modifieraient à la longue leurs trajets
migratoires.
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L’expérience allemande22 est la plus significative en Europe et au monde, et mérite à ce
titre qu’on s’y attarde. Situation actuelle 15 000 machines sont en service fin 2003, totalisant 14600 MW,
pour une production de 20 TWh 23, soit une durée équivalente pleine puissance de 1400 heures (sur
8760, soit 16%). Prévisions en 2030 Les emplacements se faisant rares, l’accroissement du parc éolien
repose sur un « Repowering », remplacement des anciennes petites éoliennes (30 à 500 kW
installées dans les années 90) par de plus puissantes (2,5 à 3,5 MW, 150m de haut) et, à partir de 2010, un
accroissement considérable de la puissance avec un objectif de 36 à 42 000 MW en 2030, dont 20 à 25
000 MW offshore. La durée d’utilisation annuelle en mer est estimée à 4000h dans la
zone utile de 10 à 20m/s (35 à 70 km/h). Cependant les coûts de construction en mer et des lignes HT
en courant continu pour acheminer l’énergie jusqu’à la terre ferme sont si élevés que l’auteur doute
de la rentabilité de l’éolien marin. La moitié de la puissance offshore serait implantée en Mer du Nord
jusqu’à 100 km des côtes, et un projet pilote de 60 MW a été engagé à
Borkum-West pour un montant de 125 à 140 M€. Expérience d’exploitation L’électricien E.ON a distribué 115 TWh en 2002, dont 8 ont été
fournis par 5800 MW éoliens répartis dans toute l’Allemagne. La figure ci-dessous montre les écarts de production d’énergie au
cours d’une année. L’électricien KEV (Région de l’Eifel) s’appuie sur une puissance
de 73 MW, où l’éolien peut atteindre 50 MW selon une courbe de disponibilité analogue à la précédente.
Il souligne que l’éolien n’a rien fourni par exemple le 17 décembre 2001, un jour de pic de la
demande. En novembre de cette même année, la puissance est passée d’un jour à l’autre de 0 à 50 MW. Ces deux exemples illustrent la difficulté d’insérer
harmonieusement dans le réseau la contribution très fluctuante de l’éolien sur l’année. Quelques données économiques La subvention annuelle à l’éolien représente 1,3 G€ (milliard d’Euros),
et s’élèvera à 3,5 G€ lorsque l’éolien fournira 10% de l’électricité.
22
Extrait de « International
Journal Energy Technology and Policy », Vol 3, 1er
semestre 2005, par Helmut Alt,
Ingénieur électricien, ancien chef de département à la RWE.
23
Sur un total de 500 TWh, soit
4%.
Les électriciens allemands sont tenus d’acheter à 85 €/MWh (soit 3
fois le coût de l’électricité classique) tout le courant produit par les éoliennes, y compris
aux heures où il n’y a pratiquement aucune demande. E.ON prévoit un budget de 850 M€ en 2016 en achat d’électricité
pour compenser les défaillances de l’éolien, plus 550 M€ pour le réseau de transport et distribution
de l’éolien. A ce même horizon, l’électricien RWE prévoit de son côté la
construction en thermique classique (ou l’approvisionnement en importation) de 400 MW pour suppléer aux
défaillances de l’éolien. Les accidents d’éoliennes sont relativement fréquents, entraînant
des indemnisations de 45 M€ par les assurances, pour une prime globale de 30 M€, l’incidence étant de
3€ par MWh. S’il est à peu près possible de prévoir les variations de vent d’un
jour à l’autre, il est en revanche impossible de les prévoir à long terme, d’où la nécessité de
puissance de réserve (thermique), notamment pour les périodes anticycloniques d’hiver, où la
puissance appelée est à son maximum et les éoliennes … en drapeau. Conclusion Le retour d’expérience de l’éolien allemand, tel que rapporté par
H. Alt, s’avère décevant : Peu d’électricité
produite (20 TWh soit 4 % de la production allemande) en raison de la faiblesse du vent pour les installations à l’intérieur des terres, Coût
élevé pour la collectivité, Nécessité
de dimensionner le parc de production thermique pour faire face aux jours sans
vent, fréquents notamment en hiver, Difficultés
pour faire face aux variations rapides de charge (en période creuse, le
dispatching peut d’ores et déjà devoir faire face à des variations de charge de 10
% par minute). Il apparaît clairement au vu des exemples donnés que l’électricité
éolienne n’est pas une électricité décentralisée, car elle a besoin d’être secourue par un réseau THT
puissant et, dans certaines conditions, de déverser son trop plein de production dans un
réseau THT. Les projets de développement massif de l’éolien en mer suscitent
de fortes réticences, malgré l’intérêt d’y bénéficier de conditions de vent beaucoup plus favorables,
pour les raisons suivantes : Coût
très élevé des machines installées en mer et du raccordement au réseau
électrique, Éloignement
des lieux de consommation (distance moyenne de l’ordre de 1000 km), Risque
de perte simultanée de milliers de MW en cas de tempête en Mer du Nord
nécessitant la mise à l’arrêt de l’ensemble du parc. L’éolien a atteint en Allemagne un niveau tel que les oppositions,
parfois violentes, s’intensifient, comme en témoignent « Libération » du 25 août 2005 ou un numéro de
2003 du « Spiegel » qui qualifie l’éolien de « Saccage du paysage hautement subventionné ».
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Cadre réglementaire Le cadre réglementaire du développement de l’éolien en France en
vigueur ces dernières années24 est défini dans la loi N° 2000-108 du 10 février 2000 et repose
sur les dispositions générales suivantes qui restent en vigueur jusqu’en février 2007 : - L’installation d’une éolienne d’une hauteur supérieure à 12m
nécessite un permis de construire. - Un projet dont la puissance totale installée sur un même site est
supérieure à 2,5 MW doit faire l’objet d’une étude d’impact et d’une enquête
publique. - Obligation d’achat par EDF de l’électricité produite à un tarif
préférentiel fixé par arrêté ministériel pour les parcs de puissance inférieure à 12 MW. C’est au niveau des régions et des départements, dans le cadre des
enjeux locaux d’aménagement du territoire, que sont définies les contraintes auxquelles sont
soumises les implantations de projets éoliens. A l’échelle de la région un schéma régional éolien peut être mis
en place (ce n’est pas une obligation) indiquant les secteurs géographiques les mieux adaptés
à l’implantation d’éoliennes. Ce document qui se limite à émettre des recommandations relatives à
la recherche des sites n’a pas de portée réglementaire. Au niveau du département, un schéma départemental éolien, établi à
partir de données techniques, environnementales et patrimoniales du département, permet de
définir et de répertorier : - Des « territoires protégés » qui répondent à des servitudes
techniques, environnementales ou patrimoniales bien identifiées et où toute implantation d’éoliennes
est interdite. - Des « territoires très sensibles » à fortes contraintes, où les
maîtres d’ouvrage devront démontrer la compatibilité de leur projet avec les enjeux du site choisi. En fait ces schémas éoliens, élaborés sur des critères variables d’un
département à l’autre, sont des documents de préconisation qui ne conduisent pas à un choix d’espaces
susceptibles d’accueillir dans de bonnes conditions des fermes éoliennes. Les dossiers de permis
de construire qui comprennent l’étude d’impact réalisée par le promoteur, et le rapport d’enquête
publique sont soumis à l’avis des différents services de l’État et normalement à la commission
départementale des sites, avant transmission au Préfet pour décision. La situation Le nombre de ces dossiers a littéralement explosé25 depuis l’adoption en 2001 de la
tarification très contraignante d’achat du kWh imposée à EDF. C’est sans véritable
cadre juridique que les différents services de l’État doivent instruire ces dossiers, dont le contenu
est le plus souvent insuffisant pour permettre de donner un avis solidement argumenté, laissant ainsi
la place aux pressions de toutes sortes. C’est ainsi que les projets, généralement soutenus par les
municipalités très motivées par la manne de la taxe professionnelle26, s’imposent souvent sans réelles justifications. Les réactions de l’opinion Ce contexte donne naissance à des réactions souvent très négatives
des populations concernées qui cherchent alors à faire obstacle aux maires et aux investisseurs. C’est principalement l’impact paysager qui soulève et motive les
oppositions et ceci à deux niveaux : - Au niveau des riverains pour qui la vue ou la proximité d’une
ferme éolienne portent une forte atteinte au paysage familier, ressentie comme une agression, et
qui entraîne en outre une dépréciation27
24
La nouvelle loi d’orientation
sur l’énergie du 13 juillet 2005 apporte des modifications que nous verrons
plus
loin.
25
Plus de 2500 demandes de permis
de construire sont actuellement en cours d’instruction.
26
Une centrale de 5 éoliennes de
2 MW rapporte par an : 60 000 € à la commune, 60 000 € au département,
12 000 € à la région, 15 à 25 000 € au propriétaire du terrain.
Source EDF.
27
Généralement estimée à 30%
du patrimoine immobilier, à la location comme à la vente. Le
phénomène de « Nimby »28 apparaît dans toute son ampleur au rythme des dépôts de dossiers. - A un niveau plus large de populations, les oppositions sont
motivées par la sauvegarde de sites emblématiques soumis à la convoitise des investisseurs pour leur
qualité aérologique (bords de mer, crêtes dans les massifs montagneux …) et d’une façon générale par
la protection des sites touristiques paysagers ou architecturaux. Ces oppositions s’organisent en associations très actives qui n’hésitent
pas à attaquer les décisions auprès des tribunaux administratifs, avec l’aide et l’appui dans
leur action de fédérations bien organisées et très professionnelles29. De nombreuses batailles sont ainsi engagées autour de sites réputés30. Hormis les oppositions mentionnées ci-dessus, qui sont
essentiellement des oppositions de terrain, l’énergie éolienne bénéficie aux yeux du grand public, en France
comme ailleurs, d’une bonne image. La plus populaire des énergies renouvelables, elle est parée, de
façon un peu imaginaire, de toutes les vertus écologiques bien sûr : propreté, proximité... mais aussi
économiques : ressource inépuisable et gratuite. Elle est très activement soutenue par les
"Verts" qui la présentent couramment comme « alternative au nucléaire » : Le slogan « Plus d’éoliennes, moins
de nucléaire » fait recette auprès d’un large public pour lequel le nucléaire n’est pas totalement
accepté, tonalité soutenue par la plupart des médias. Les dispositions de la nouvelle loi sur l’énergie Face à cette situation peu satisfaisante, une certaine réaction
est apparue au niveau politique, et de nouvelles dispositions concernant le développement de l’éolien ont
été prises à l’occasion de la loi n° 2005-781 du 13 juillet 2005 fixant les orientations de la
politique énergétique. La principale modification apportée par cette loi, est la
définition au niveau des départements, de « zones de développement de l’éolien », prenant en comptes leur
potentiel éolien, les possibilités de raccordement aux réseaux et la protection des sites et des
paysages. Ces zones sont proposées par la ou les communes dont tout ou partie du territoire est compris dans le
périmètre proposé. Les propositions précisent la fourchette de puissance pouvant y être installée et
sont accompagnées de tous les éléments permettant d’en apprécier les différents aspects techniques et
environnementaux. La décision appartient au préfet du département, après avis de la commission
départementale des sites et paysages et des communes limitrophes à celle (ou celles) ayant déposé la
proposition. Aucune limite minimale ou maximale de puissance n’est imposée, mais tout projet d’implantation
de machines dont la hauteur de mât dépasse 50 mètres est soumis à ces dispositions. L’acceptation
du dossier entraîne, de facto, l’obligation d’achat dont la tarification est inchangée. Afin de tenir compte du long délai d’étude des projets et de
préparation des dossiers, il est prévu que les dispositions de la loi antérieure restent en vigueur pendant
deux ans après la publication de la nouvelle loi. La place de l’éolien dans la production
électrique Examinons plus concrètement quel concours peut apporter l’éolien
en France, où la production d’électricité se répartit entre différentes sources primaires
comme suit (année 2003) : Nucléaire : 78%, production de base, modulation programmée ; Hydraulique : 12%, à scinder en : Production « au fil de l’eau » en base, et Barrages. Ceux-ci et le Thermique fossile (10%) sont essentiellement
affectés aux pointes et au suivi de charge.
28
Not In My Back Yard (Pas dans
mon jardin)
29
La fédération « Vent de Colère
» regroupe environ 250 associations locales.
30
Les Abers bretons, mont Mézenc,
abbaye de Fontfroide, château de Touffou, site historique d’Azincourt, site
de Fécamp. On peut multiplier les exemples. Comme précisé précédemment, la production intermittente et non
garantie des parcs éoliens ne permet pas de les substituer en tant que moyens de production aux
centrales qui produisent de l’énergie continue, indispensable pour la gestion et la sécurité d’alimentation
du réseau. Ce n’est donc pratiquement que la consommation de combustible évitée, fossile ou
nucléaire, qui est à mettre au crédit de l’éolien. Avec un coût moyen de production de l’éolien de 51,5 €/MWh (voir
chapitre 3 « Données économiques » ci-dessus), et après déduction des coûts de
combustible évité, le surcoût réel (hors subventions) de l’éolien est de : 51,5 – 9 = 42,5
€ / MWh en référence au nucléaire 51,5 – 25 = 26,5
€ / MWh en référence au gaz naturel31. La substitution de production nucléaire par de l’éolien est donc
très largement déficitaire. Le bilan par rapport au thermique gaz est moins défavorable et pourrait à
terme s’approcher de l’équilibre si l’on prend en compte les externalités évitées (notamment le CO2), évaluées pour la filière à
14€ / MWh, et si les prévisions de réduction de coût de la filière
éolienne se réalisent. La hausse du prix du gaz devrait également conforter la tendance.
Compte tenu de la structure du parc de production national où la
faible part de la production thermique fossile est nécessaire pour assurer les pointes de consommation et la sécurité de l’alimentation du réseau, l’essentiel de la production éolienne se substitue en fait, en France métropolitaine continentale, à du nucléaire. Le bilan, au plan national, est donc économiquement très négatif et ne présente que très peu d’intérêt pour la qualité de l’air et la lutte contre l’effet de serre, la consommation de combustible fossile ne pouvant être significativement réduite. Cette situation explique le lent démarrage de l’éolien en France, comme dans les
pays ayant peu recours au thermique (Suède, Suisse, Canada …) et les maigres résultats du plan « Eole
2005 » lancé en 1996. C’est à partir de 2001, pour les raisons déjà évoquées, que le
nombre de projets s’est multiplié, portés souvent par des promoteurs étrangers mais aussi par de
nouveaux promoteurs français32, tandis que les équipements sont en majorité importés33. Malgré le délai de 3 ans en
moyenne entre le début d’un projet et sa mise en service, les objectifs officiels sont
aujourd’hui de 2000 MW installés en 2007 et de 5000 MW en 2010. Les dispositions tarifaires mises en place (précisées dans le
chapitre 3) conduisent à un prix moyen d’achat par EDF sur les 15 premières années d’exploitation d’un
site, d’environ 30% supérieur au coût de production de la filière. En fonction de la qualité du site,
cette marge offre à l’investisseur une rentabilité moyenne de 20% après impôts, tandis que le surcoût du
prix d’achat par rapport au prix de revient moyen des autres sources est refacturé par EDF aux abonnés34. Si l’objectif de 5 000 MW d’éoliens installés en 2010 est atteint, le montant total ainsi
refacturé atteindra cette année-là 540 millions d’euros35, tout ceci pour une production d’électricité inférieure à 2,5% de
la consommation nationale. Comme le dénonçait la CRE dès 200136, le tarif d’achat de la production éolienne est trop élevé. Il procure une rentabilité excessive aux investisseurs et engendre un
surcoût anormal à la charge du consommateur.
31
Ce calcul ne vaut qu’en
métropole continentale ; dans les îles (Corse, DOM TOM), la référence est le
fioul
brûlé dans des groupes électrogènes (rendement 25 %), et l’éolien
a plus de chances d’y être compétitif.
32
EDF a créé une filiale – SIIF
Energies - consacrée aux éoliennes qui a l’intention de prendre 30% du marché
français et qui travaille aussi à l’étranger.
33
Les deux principaux
constructeurs français qui sont Jeumont Industrie et Vergnet S.A. ne figurent
pas parmi
les dix premiers constructeurs mondiaux.
34
Ce surcoût est compris dans la
« Contribution aux charges de service public » mentionnée sur les factures.
35
Calcul prévisionnel du surcoût
facturé à l’abonné en 2010 :
- surcoût facturé par MWh éolien: écart entre prix d’achat du MWh
éolien et prix de revient du MWh
nucléaire : 83,8 € - 30 € = 53,8 €/MWh
- énergie éolienne produite en 2010: puissance éolienne prévue 5
000 MW x nombre annuel d’heures à
pleine puissance 2 000 heures ( suivant statistiques des 3
dernières années ) = 10 000 000 MWh.
- surcoût total facturé : 10 000 000 x 53,8 = 538 millions d’€.
36
Commission de Régulation de l’Electricité,
site www.cre.fr Rappelons aussi le surcoût annuel de 17 M€ à la charge des
consommateurs français pour les 105 MW du premier projet français offshore (voir chapitre 3). On doit d’autre part remarquer que la France étant exportatrice d’électricité
vers des pays voisins gros consommateurs d’énergie fossile, notre production éolienne se
substitue, in fine, à l’échelle européenne, à de la production thermique fossile. L’éolien
français trouve ainsi une certaine justification au niveau de l’Europe, mais la charge correspondante
devrait en toute rigueur être supportée par les pays importateurs plutôt que par les
consommateurs français. L’avenir ? Au-delà de cette anomalie on ne peut conclure sur le développement
de l’éolien en France sans se pencher sur la structure du parc de production de demain, ou plus
simplement sur la place du nucléaire.
Si la structure actuelle se maintient, c’est à dire une production
de base essentiellement nucléaire,
un développement volontariste de l’éolien ne se justifie pas à l’échelle
nationale.
Il pourrait en revanche se justifier à l’échelle européenne si des
réductions de coûts significatives se
réalisaient sur la filière. Cela reviendrait à tirer profit du
potentiel éolien de la France pour réduire la
consommation européenne d’énergie fossile, sous réserve qu’il n’en
résulte aucun surcoût pour le
consommateur français ni aucune détérioration inacceptable de
notre patrimoine paysager ou
historique. En revanche, si la politique énergétique française devait s’orienter
vers moins de nucléaire ou son abandon à terme, quel que soit le développement de l’éolien, la
France devrait, à plus ou moins brève échéance, revenir à plus de thermique fossile pour faire face à
ses besoins. Ce type de situation serait bien difficile à gérer si l’on se fixe vraiment comme objectif
prioritaire de réduire les émissions de CO2,
raison d’être des engagements de Kyoto, à l’origine de la directive européenne
favorisant les énergies renouvelables. Enfin un aspect important concernant l’éolien en France est son
impact environnemental ; La France dispose en effet d’un patrimoine touristique de grande valeur qui
représente beaucoup d’emplois et constitue un enjeu essentiel de notre économie. Les nouvelles dispositions votées devraient permettre un
encadrement plus rigoureux des projets et de leurs implantations.
Si l’on s’en tient à la France continentale, l’éolien industriel n’a
pas de justification économique et
n’apporte pratiquement rien au bilan des émissions de gaz
carbonique. Pire, un développement
important rendrait nécessaire la mise en place de capacités
thermiques supplémentaires pour assurer la relève de l’éolien pendant les pannes de vent (au moins 2/3 du
temps), avec émissions de gaz à effet de serre, ce qui n’est évidemment pas le but recherché.
Le développement de l’énergie éolienne n’est dû qu’à une politique
artificielle de subventions,
coûteuse pour le consommateur, poussée principalement par les
opposants au nucléaire qui le
présentent à tort comme une alternative à celui-ci.
Cette forme d’énergie peut cependant se justifier lorsqu’elle se
substitue, même partiellement, à du thermique (charbon, pétrole, gaz). C’est le cas pour la Corse et
les DOM TOM, et en Europe pour de nombreux pays encore très tributaires du thermique fossile.
De
par sa façade atlantique, la France dispose de gisements éoliens intéressants.
Vu au niveau
européen
un développement (bien conçu et respectueux des sites) de ces gisements
pourrait,
par
le biais des exportations d’électricité, éviter l’émission de gaz à effet de
serre chez nos
voisins
dont la production de base reste thermique. Mais est-ce au consommateur
français qui
en
subira les conséquences de payer la note ?
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