Association pour la Protection des Sites des Abers (APSA)
Siège
: Ty Va Bugale, Paluden, 29870 Lannilis
Secrétariat
: 31, Place St. Ferdinand, 75017 Paris
Fondée
en 1970
Déclarée
à la Sous-préfecture de Brest sous le N° 2030
Agréée
au titre de l’article 40 de la loi du 1à juillet 1976,
par
arrêté préfectoral du 26 juin 1978
22
mars 2006
Fiche
sur le bruit des éoliennes
1)
Généralités
Le bruit causé par les éoliennes est un élément
important de l’acceptation, ou du
refus, de ces machines par les populations
avoisinantes. Il devrait donc être traité par des
estimations, avec un soin tout particulier, lors
des enquêtes publiques; puis vérifié, après
mise en route des machines, par des mesures sur
le terrain. Certains membres de notre
association ont eu dans leur carrière au service
de la Marine Nationale l’expérience
concrète des problèmes acoustiques, quelquefois
sur des périodes assez longues ; cette
expérience a été utilisée dans la rédaction de la
présente fiche.
2)
Aspects réglementaires actuels
La réglementation limite actuellement les
émergences à 3 dBA la nuit et 5 dBA le
jour. Elle présente une lacune, car le bruit des
éoliennes se présente sensiblement comme
un bruit blanc d’origine aérodynamique, modulé à
la fréquence de passage des pales
devant le fut des machines, voisine de 1,5 hertz,
et auquel se superposent des raies
sonores (fréquence d’engrènement des réducteurs,
nombre d’encoches des machines
électriques etc…) variables suivant le type des
machines. Le bruit émis est donc,
principalement, un bruit impulsionnel de durée
égale à environ 0,1 seconde, se répétant
environ toutes les 0,7 seconde.
La réglementation actuelle semble avoir été bâtie
pour tenir compte, suivant un
critère très simple, de la sensibilité moyenne de
l’oreille, en se fondant sur la présence
d’un bruit continu. Elle est inadaptée, car elle
ne tient aucun compte, ni des
caractéristiques du bruit dominant généré par les
éoliennes, ni de la sensibilité particulière
des humains aux bruits ayant cette
caractéristique. Ceci revient à appliquer à un bruit
semblable
à celui des coups de marteau donnés par un forgeron sur son enclume,
une
règle adaptée au bruit continu généré par un moteur par exemple !
La réglementation devrait être modifiée , en
prescrivant des niveaux par octave,
tiers d’octave et, si possible, dans les zones
sensibles du spectre, une recherche des raies
et estimation de leur écart avec le niveau de
bande.
Par ailleurs, le « Guide de l’étude d’impact sur
l’environnement des parcs
éoliens » édité par l’ADEME, contient des erreurs
flagrantes et importantes dans les pages
consacrées aux nuisances sonores. Il est urgent
que ce document, qui se veut de
référence, fasse l’objet d’une correction sur ce
point.
3)
Prévisions de niveaux de bruits dans les études d’impact jointes au
dossier
d’enquête publique
La démarche suivie dans les études d’impact est,
généralement :
- de procéder à des mesures de niveaux du bruit
naturel, pour diverses vitesses
et orientations de vent dans les lieux supposés
critiques,
- de déterminer par un modèle les bruits créés
par les éoliennes et, de mettre en
évidence les émergences prévues.
Si la détermination du niveau sonore en espace
libre et à grande distance ( en
nombre de longueurs d’ondes ) ne pose pas de
difficultés, la création d’un modèle de bruit
rayonné par une éolienne est délicate car on se
trouve près du sol et en zone proche. De
nombreuses hypothèses doivent être faites dont
les suivantes :
A partir du bruit global relevé par le
constructeur en champ lointain, comment
répartir la puissance de bruit le long des pales
( pour le bruit dû à l’écoulement
de l’air).
Les zones critiques se trouvent toujours en champ
proche, dans la première
zone de Fresnel (dont le rayon, pour la fréquence
de 100 Hz par exemple, est
d’environ 2 kilomètres); quel niveau donner et
comment répartir la puissance
des composantes du champ sonore qui décroissent
en R-3 ?
Quelles hypothèses retenir pour rendre compte des
réflexions du bruit sur le sol,
les obstacles ; même question pour représenter
les phénomènes de diffraction
autour des obstacles ?
Comment définir le couplage entre le bruit
aérodynamique et le fût afin de
déterminer le niveau de bruit impulsionnel évoqué
au paragraphe 2 et comment
en répartir la puissance ? Il semble bien que cet
aspect essentiel soit
complètement occulté par les différents modèles
disponibles sur le marché.
Il existe donc une variété étendue de modèles
qui, à l’évidence, donneront tous
des résultats différents. La
précision des prévisions faites est toute relative :
elle n’est
certainement pas meilleure que 3 décibels. De plus, aucun logiciel
de
prévision n’a fait l’objet d’une confrontation réel – modèle.
Pour exemple, le logiciel « Windpro » (se
reporter au site internet
http://www.emd.dk/WindPRO/Modules) utilisé par de
nombreux pétitionnaires comprend
un module « Décibel » pour les prévisions de
niveau sonore, lequel inclut cinq modèles de
calcul entre lesquels l’utilisateur a le choix.
Il est évident qu’il choisira d’utiliser celui qui lui
donnera les résultats les plus favorables.
Or – ce point est confirmé par des représentants
de notre association qui sont
membres des Commissions Départementales des Sites
- les personnels des DDE qui
instruisent et présentent les dossiers devant les
Commissions, sont parfaitement ignorants
de cette possibilité, tout comme ils ignorent l’étendue
de l’imprécision des prévisions
faites. Au motif que les prévisions sont fournies
avec 3 décimales, ils estiment que les
niveaux prévus ont la précision de cette
troisième décimale et se comportent en
conséquence.
De plus, il apparaît que les mesures du bruit
naturel des sites pouvant donner
lieu à dépassement du niveau d’émergence
contiennent des erreurs et anomalies
flagrantes et évidentes sans que les DDE – par
manque de connaissance en ce domaine -
les remarquent et en demandent la correction.
Les prévisions d’émergence qui en découlent sont,
dans ces conditions,
parfaitement inadaptées. Il n’est alors pas
étonnant que, après réalisation des projets, la
question de la gêne sonore occasionnée aux
riverains achoppe, alors que selon l’étude
d’impact aucune difficulté n’était prévue.
4)
Propositions
Nous constatons qu’actuellement les dossiers d’enquête,
sont soit vides sur le
sujet, soit comportent des éléments trompeurs et
insuffisants.
La prédiction de niveau sonore serait facilitée
si les machines faisaient l’objet,
par l’administration, d’une classification par
type, après essais d’une machine type,
comportant des mesures codifiées de la puissance
sonore des machines, des analyses de
sûreté des machines, toutes dispositions que nous
réclamons depuis la sortie du rapport
du conseil général des Mines de 2004. Cette
mesure de puissance sonore des machines
permettrait une prédiction facile de ce qui se
passera sur le terrain. Elle semble longue de
mise en oeuvre.
Le minimum qui puisse être fait en la matière est
que l’administration :
- constatant la variété de modèles prévisionnels
laissés au libre choix des
porteurs de projet ,
- constatant que les marges d’incertitude qui en
découlent ont une amplitude du
même niveau que les seuils d’émergence tolérés,
retienne un seul et unique modèle mathématique –
celui qui lui semblera le plus adéquat –
après qu’il
ait fait l’objet d’une confrontation entre les prévisions et la réalité par ses
soins, et que l’utilisation de cet unique modèle
soit obligatoire dans les études d’impact.
Nous réclamons donc l’élaboration, ou le choix,
sous la responsabilité de
l’administration, d’un logiciel de prévision de
niveau sonore, dont l’utilisation serait
obligatoire dans les enquêtes publiques, ainsi
que la réalisation de mesures de contrôle
sur le terrain, avant autorisation d’exploiter.
Jean-Pierre ABALAIN Pierre CLEIREC
Ingénieur Général de l’Armement(2ème S) Ingénieur en Chef de l’Armement (E.R)
( Génie Maritime) (Génie Maritime)
Membre de l’APSA Membre de L’APSA