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La
panne électrique du 4 novembre 2006
questions/réponses
Nous avons reçu, sur notre site web,
de très nombreuses questions portant sur la nature
et l'origine de la panne électrique qui a touché
l'Europe, samedi 4 novembre, entre 22 et 23 heures. Nous avons
donc décidé de mettre en ligne cette nouvelle
rubrique, qui a vocation à vous informer sur cet incident
majeur.
L'enchaînement précis et les causes de cet événement
ne seront connus avec exactitude qu'à l'issue des enquêtes
européennes, lancées par ETSO
et l'UCTE
à la demande de la Commission européenne, et
françaises, initiées par la Commission de Régulation
de l'Energie et le Gouvernement.
Cette rubrique sera enrichie au fur et à mesure des
informations disponibles.
Que s'est-il passé sur le réseau
européen ?
Une manuvre planifiée sur
le réseau
Le 4 novembre 2006, à 21h38, E.ON Netz, l'un des quatre
gestionnaires des réseaux allemands de transport d'électricité,
met hors tension la ligne 400 000 V qui enjambe au Nord de
l'Allemagne la rivière Ems pour laisser passer un navire.
Une manuvre déjà réalisée
par le passé, programmée et simulée par
E.ON Netz en concertation avec les gestionnaires des réseaux
voisins. Le courant électrique emprunte alors d'autres
lignes, situées plus au sud.
Le dispatching de E.ON Netz constate alors des flux d'électricité
très importants sur les lignes électriques en
service dans le sens Est-Ouest. Les équipes de E.ON
Netz effectuent des manuvres sur le réseau dans
le but de réduire ces flux.
Des surcharges sur le réseau entraînant
sa séparation en trois zones
A 22h10, selon une chronologie qui reste à établir,
les lignes Wehrendorf- Landesbergen et Bechterdissen-Elsen
au nord de l'Allemagne, qui acheminent le courant électrique
de l'est vers l'ouest, sont saturées et se mettent
automatiquement hors service. Les flux d'électricité
passent alors par d'autres lignes et provoquent leur surcharge.
De nombreuses lignes en Allemagne, en Autriche et en Croatie
se mettent hors service, pour cause de courant électrique
excessif, sous l'action d'automates de protection, les unes
après les autres dans un effet " domino ".
A 22h10 et 30 secondes, le réseau européen se
trouve alors scindé en trois zones déconnectées
les unes des autres :
- la zone ouest (partie ouest de l'Allemagne et de l'Autriche,
Slovénie, Benelux, Suisse, France, Espagne, Italie,
Portugal, partie de la Croatie)
- la zone nord-est (partie est de l'Allemagne et de l'Autriche,
Pologne, République tchèque, Slovaquie, Hongrie)
- la zone sud-est (Grèce, Albanie, Macédoine,
Bulgarie, Serbie, Montenegro, Bosnie-Herzégovine, Est
de la Croatie).
L'interconnexion entre l'Espagne et le Maroc se met à
son tour hors service, pour protéger le système
électrique du Maghreb.

Des situations de déséquilibre entre offre et
demande d'électricité
Alors que le réseau européen avant l'incident
respectait parfaitement une des exigences fondamentales des
systèmes électriques, à savoir l'égalité
instantanée entre la production et la consommation
d'électricité à la fréquence de
50 Hertz, l'éclatement en trois fait apparaître
des zones déséquilibrées.
Dans la zone nord-est, la production d'électricité
se trouve supérieure (d'environ 6 000 MW) à
la consommation d'électricité, ce qui entraîne
une augmentation instantanée de la fréquence
du réseau de 50 à 51 Hertz.
Dans les zones ouest et sud-est, la production d'électricité
est inférieure à la consommation d'électricité.
La fréquence du réseau chute immédiatement
à 49 Hertz dans la zone ouest où se trouve la
France. La fréquence du réseau diminue de façon
beaucoup moins importante dans la zone sud-est, dont le déficit
de production d'électricité est plus faible.
Or la fréquence doit impérativement être
stabilisée autour de 50 Hertz sur tout le réseau.
Toutes les machines qui produisent de l'électricité
" tournent " en effet à ce rythme de façon
synchronisée, ce qui les " solidarise " les
unes par rapport aux autres.
L'excès de consommation par rapport à la production
d'électricité provoque le " freinage "
des centrales électriques. En cas de freinage trop
important, elles se déconnectent automatiquement du
réseau et c'est la panne généralisée
: le " black-out ", c'est à dire un effondrement
total du réseau, nécessitant de nombreuses heures
pour revenir à la normale, voire plusieurs jours comme
aux Etats-Unis en 2003.

Les parades, le retour à la normale
Pour rétablir rapidement l'équilibre fondamental
entre la production et la consommation d'électricité
:
des automates ont réduit la production d'électricité
dans la zone nord-est,
des automatismes ont interrompu en quelques secondes une partie
de la consommation d'électricité dans la zone
ouest. Environ 10 % de la consommation des pays de la zone
ouest de l'Europe a ainsi été interrompue, ce
qui a stoppé la chute de la fréquence et évité
un " black-out ".
Quel niveau de consommation a été
affecté par les coupures ?
En France, environ 5 200 MW (1 MW = 1 000 kW) de consommation
d'électricité vus du réseau public de
transport ont été interrompus, soit de l'ordre
de 10 % de la consommation française totale d'électricité
à cet instant. Ces coupures ont été réparties
sur tout le territoire, chaque département continental
français a été touché. Ces interruptions
d'électricité ont duré le temps d'accroître
la production d'électricité en France et de
reconnecter la consommation coupée, ce qui s'est fait
à partir de 22h30. A 23h, l'ensemble des foyers français
concernés avaient été ré-alimentés.
Dans le reste de la zone ouest de l'Europe : 2 550 MW ont
été interrompus dans la partie ouest de l'Allemagne,
1 540 MW dans la partie ouest de l'Autriche, 1 500 MW en Italie,
2 100 MW en Espagne, 800 MW en Belgique, 500 MW au Portugal,
400 MW aux Pays-Bas, 100 MW en Slovénie.
En Suisse et en Italie, les pompes électriques remontant
l'eau dans les réservoirs de montagne des centrales
hydro-électriques ont été arrêtées,
ce qui a permis d'éviter des délestages1 supplémentaires
de la consommation.
1 Délestages
: Interruptions momentanées de la fourniture de courant
électrique d'une partie du réseau.
Comment est-on revenu à une situation
normale ?
La coordination entre gestionnaires de réseau de transport
européens et la réaction rapide des producteurs
et des gestionnaires des réseaux de distribution d'électricité
ont permis de revenir rapidement à une situation normale.
En France, la situation a été rétablie
en moins d'une heure.
Pour réduire la durée de la coupure, RTE a immédiatement
sollicité une augmentation de la production hydroélectrique,
la plus rapide à mobiliser.
A 22h15, la production des usines hydroélectriques
de Bort, Montézic, Grand Maison, Villarodin, Sarran-Bromat
augmentait de 2 800 MW, suivie à 22h20 par 1 140 MW
venant de Tignes, Super-Bissorte, La Bathie et Monteynard.
A 22h24, la fréquence était rétablie
à 50 Hertz.
A 22h30, RTE demandait aux gestionnaires de réseaux
de distribution de ré-alimenter la moitié des
consommations interrompues.
A 22h40, RTE demandait la ré-alimentation du reste
des consommations interrompues. La production des usines hydrauliques
de la Durance augmentait de 1 000 MW.
A 22h50, les opérateurs allemands parvenaient à
reconnecter les 3 zones du réseau européen.
A 23h00, la situation était rétablie en France.
La situation était-elle critique
avant l'incident ?
Non. Le 4 novembre, la consommation d'électricité
des pays européens était relativement faible
et typique d'un samedi soir. Plusieurs centrales électriques
étaient à l'arrêt pour le week-end et
le parc de production européen suffisait très
largement à couvrir la demande.
En France, peu avant l'incident, la consommation s'établissait
à 55 700 MW, très loin du record de consommation
d'électricité du 27 janvier 2006 avec 86 280
MW. A 22h10, le bilan pour la France des flux physiques sur
les interconnexions était globalement exportateur avec
une exportation totale d'environ 5 540 MW.
A quoi sert le réseau interconnecté
européen ?
Les réseaux nationaux sont reliés aux réseaux
des pays voisins par des lignes à très haute
tension (liaisons transfrontalières) qui assurent les
échanges d'électricité entre pays. Initiées
avant la guerre pour garantir la sécurité d'approvisionnement
des pays européens, ces interconnexions ont eu pour
objectif premier d'assurer un secours mutuel entre les compagnies
d'électricité : la défaillance d'une
production peut être compensée par d'autres.
L'interconnexion des réseaux de transport ouest européens
a été engagée au milieu du 20ème
siècle et a entraîné la création
de l'UCPTE (Union pour la coordination de la production et
du transport de l'électricité) devenue en 1999
UCTE (Union pour la coordination du transport d'électricité)
autour du noyau constitué par les réseaux français,
suisse et allemand. Elle s'est progressivement étendue
à toute l'Europe. Elle relie aujourd'hui 23 pays européens.
Cette interconnexion des réseaux européens améliore
la sécurité d'approvisionnement de la France.
Cette solidarité électrique avec nos voisins
joue en effet dans les deux sens. Elle a été
indispensable à la France lors de la pointe de consommation
du 28 février 2005 (86 000 MW dont 3 200 couverts par
des importations). Ceci n'empêche pas le solde exportateur
de la France d'être largement excédentaire sur
une année.
Comment sont mis en uvre les délestages
prévus pour faire face à une situation de déséquilibre
?
L'électricité n'étant pas un bien stockable,
l'équilibre entre sa production et sa consommation
doit être assuré à tout instant.
En France, c'est RTE, gestionnaire du réseau de transport
d'électricité, qui assure cette mission d'équilibrer
les flux d'électricité. Il garantit ainsi la
sûreté du système électrique national.
En cas de déficit important et prévisible de
production d'électricité, c'est à RTE
qu'il revient d'organiser si nécessaire des délestages
avec les gestionnaires des réseaux de distribution.
Les délestages consistent à interrompre momentanément
la fourniture d'électricité à une partie
des consommateurs afin de circonscrire un déséquilibre
et d'éviter un effondrement complet du système
électrique (" black-out "). Il s'agit dans
ce cas d'une manuvre préventive similaire au
fait de débrancher une machine, dans un logement, quand
trop d'appareils électriques fonctionnent en même
temps pour éviter que le système entier ne disjoncte.
Cette manuvre est exécutée par les gestionnaires
de réseaux de distribution, avec lesquels RTE coopère
étroitement.
Que se passe-t-il lorsque la situation
de déséquilibre doit être enrayée
rapidement ?
En cas de déficit grave de production d'électricité
(dû par exemple à une panne) entraînant
une dégradation rapide du système électrique
qui doit être stoppée en quelques secondes, comme
ce fut le cas de l'incident du 4 novembre, un opérateur
n'a pas le temps d'agir. Etant donné qu'il n'est pas
possible d'augmenter quasi instantanément la production
injectée sur le réseau (en ouvrant par exemple
des vannes de barrages, ce qui nécessite plusieurs
minutes), des délestages automatiques sont réalisés
pour enrayer rapidement la situation et éviter un "
black-out ".
Les réseaux électriques d'Europe continentale
sont équipés d'automates qui, dès que
la fréquence chute à 49 Hertz ou en-dessous,
coupent instantanément une partie de la consommation
afin de sauvegarder la plus grande partie possible de l'alimentation
des pays.
De tels automates équipent en France les réseaux
de distribution d'électricité, qui alimentent
la grande majorité des consommateurs. Ils sont programmés
pour agir de manière graduelle, sélective (pour
préserver des fournitures vitales et prioritaires,
comme les hôpitaux) et répartie sur le territoire.
Tous les consommateurs sont ainsi traités de manière
identique sauf ceux classés " prioritaires "
par l'arrêté ministériel du 5 juillet
1990, modifié en janvier 2005.
Une fois l'incident maîtrisé, RTE coordonne avec
les gestionnaires de réseaux de distribution la réalimentation
progressive des consommations interrompues.
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