Courrier des lecteurs

N°1 Janvier 2004

 

 

 

L'énergie éolienne en France

 

L'énergie éolienne comme les autres énergies renouvelables bénéficie d'un statut privilégié en Europe, depuis que Bruxelles  a recommandé de se tourner vers des sources qui ne dégagent pas de gaz à effet de serre (le CO2), et notamment les énergies renouvelables ce qui exclut l'énergie nucléaire

Bruxelles  a donc fixé pour 2010 un objectif de 21% d'énergies renouvelables (petite hydraulique, éolien, solaire), dans la production de chaque État

 Et c'est ainsi que l'éolien qui ne peut se passer du réseau électrique a acquis ses lettres de noblesse

* Avec les tarifs d'achat obligatoires par le réseau électrique, la CRE (Commission de Régulation de l'Électricité), estime que 5.000Mw d'éolien, programme annoncé par le gouvernement, le surcoût total cumulé, à la charge de tous les consommateurs d'électricité, serait "dans le meilleur cas de l'ordre de 7 milliards d'Euros"

* quant à l'économie en gaz carbonique, objectif final, il y a en Europe deux cas extrêmes :

- le Danemark, dont toute l'électricité est produite par le charbon (90%) et le fuel (10%). Dans ce cas chaque Kwh éolien économise 1 Kwh produit avec émission de CO2. Faute de nucléaire, l'éolien est donc tout indiqué

- La France, où, compte tenu du nucléaire et de l'hydraulique, la part de l'énergie fossile utilisée à la production d'électricité est actuellement inférieure à 3% du total produit.

Comme le vent est parfaitement aléatoire et imprévisible, le Kwh éolien a ainsi une chance sur vingt de remplacer 1 Kwh produit par une énergie fossile, les 19 autres remplaçant hydraulique ou nucléaire, qui ne produisent pas plus de CO2 que le vent !

On n'ose chiffrer le coût du Kg de CO2 évité en France par l'énergie éolienne

D'ailleurs les parcs éoliens actuels en Europe sont édifiants

Les trois grands parcs sont l'Allemagne (12.800 Mw éolien), l'Espagne (5.000Mw éolien), et le Danemark (2.900Mw éolien), trois pays qui, n'ayant pas de nucléaire ou y ayant renoncé, n'ont d'autre choix que les énergies fossiles. Les plus petits parcs sont la Suède (360 Mw), la Norvège (100Mw) la Belgique (56 Mw) et la Suisse (6 Mw)

Ils ont en effet des parcs nucléaires et /ou hydrauliques importants, et ne voient donc aucun intérêt à l'éolien.

Autre problème, la puissance "garantie" par l'éolien est faible, en raison de son caractère aléatoire.

C'est ainsi que le parc éolien allemand (12.000Mw), le plus grand d'Europe, a mis en difficulté le réseau européen, pendant la période de froid en décembre 2001, et à nouveau pendant la canicule de l'été 2003, où ce parc n'a fourni que 10% de sa puissance soit 1200 Mw.

Chaque fois, les anticyclones stationnaires, sans vent, régnant sur l'Europe, sont à l'origine de ces périodes critiques. Il faut donc en tenir compte, et créer, à côté du parc éolien, la puissance électrique de secours indispensable.

En conclusion, l'énergie éolienne a toute sa valeur dans certains pays, et aucune dans d'autres, notamment en France, en Suède, etc, alors qu'une énergie comme l'énergie solaire, se substituant en partie dans les habitations à l'énergie fossile (fuel, butane, propane) pour assurer le chauffage et la fourniture d'eau chaude, voire d'électricité présente un intérêt majeur partout (même en Suède), et son coût aujourd'hui élevé, est susceptible de baisser sensiblement.

Quant au nucléaire, il reste la seule solution à l'échelle du problème que posera la disparition prochaine du pétrole et du gaz. Et son coût est connu: la Finlande vient de signer, pour le premier EPR (1.600Mw de puissance continue) un contrat de 3 milliards d'Euros. Le seul surcoût des 5.000 Mw d'éolien représente plus de deux EPR, et ils produiront 12,5 milliards de Kwh, soit la production d'un seul EPR

 

 

 

Jean Guilhamon IPC 46

Ancien Directeur Général d'EDF

 

 

 

 

 

Réponse de Jacques Bourdillon IGPC 50

 

J'ai beaucoup aimé l'excellent article de Jean Guilhamon à propos des éoliennes. Il nous dit que le surcoût des 5.000 KW d'éolien programmés représenterait le coût de deux réacteurs EPR pour ne produire (de façon aléatoire) que la production d'un seul EPR, en d'autres termes, que le prix du kwh d'origine éolienne est à peu près trois fois celui du kwh nucléaire … Il serait donc logique de poser la bonne question : pourquoi s'obstine t on, à Bruxelles comme à Paris à développer la production la plus onéreuse alors que l'heure est à réduire la dette et les déficits, et qu'il existe d'autres solutions?

Je souhaite ajouter pour les lecteurs du Pont quelques informations qui viennent à l'appui des thèses développées par Jean Guilhamon

 

1) à propos du Danemark (reconnu comme le pays des meilleures éoliennes du monde) :

* malgré ses éoliennes, le Danemark contribue de façon importante aux émissions de CO2. Les Danois émettent en effet par habitant à peu près le double des émissions françaises : 12 tonnes de CO2 par habitant pour le Danemark et l'Allemagne contre 6,3 pour la France (et 20 pour les Etats-Unis). Il faut le savoir et avoir le courage de le dire

* le Danemark consomme de l'électricité nucléaire d'origine suédoise .A la question : "y a-t-il du nucléaire dans la production électrique du Danemark?", la réponse est évidemment non, (et les Danois en sont très fiers). Mais si l'on pose la même question à propos de la consommation d'électricité, la réponse n'est pas la même : car le Danemark importe de Suède (dont le parc éolien est minuscule) une part importante de ses kilowatts-heure. Sa consommation est donc largement d'origine nucléaire.

 

2) à propos de l'espace occupé

La question de l'espace occupé par les éoliennes n'est presque jamais posée : or cet espace est considérable (il en est d'ailleurs de même pour les capteurs solaires) : Bruno Comby, dans son ouvrage "le nucléaire avenir de l'écologie" préfacé par le grand écologiste anglais James Lovelock (farouche partisan du nucléaire) rappelle que pour produire avec des capteurs solaires autant d'énergie qu'une centrale nucléaire de 4 tranches de 1300 Mw (chacune occupant une surface comparable à celle d'un terrain de football), il faudrait recouvrir de capteurs au silicium une surface considérable (de l'ordre de 1000 km de long sur 100 m de large). Et il en est de même avec les éoliennes : pour produire autant d'énergie qu'un réacteur nucléaire, il faudrait recouvrir des régions entières de milliers d'éoliennes inesthétiques bruyantes et coûteuses ne produisant qu'en fonction des caprices de la météo !!!

 

3) à propos de l'esthétique

Il y a des contradictions révélatrices : la question de la beauté d'une éolienne est une question subjective : on est en droit d'admirer, d'être indifférent, ou de détester. Ceci étant dit on pourrait penser que les admirateurs de l'esthétique d'une éolienne aimeraient aussi celle des lignes à très haute tension et des caténaires des tramways urbains. Et, en revanche, que ceux qui ne supportent pas la vue des lignes à très haute tension, s'opposeraient avec la même énergie à l'installation des caténaires de tramway et des éoliennes. Apparemment ce n'est pas le cas ni pour les uns, ni pour les autres. Y aurait il des liens cachés entre l'idéologie et les choix esthétiques? Ceci étant dit, les lignes à très haute tension sont absolument indispensables, on peut construire des tramways sur pneus et sans caténaires (un peu partout sauf à Paris), les éoliennes en France sont inutiles et onéreuses

 

 

Avril 2004 Jacques Bourdillon