Laurent Stefanini: Ambassadeur de France à l'environnement

 

Écrit par Philippe Perchoc   

13-02-2007

450425-552140Laurent Stefanini est ambassadeur de France pour l'environnement. Au moment où la question écologique prend une place prépondérante dans le débat public, il répond à nos questions...

 

 

 

Monsieur Stefanini, après avoir été Conseiller pour les Affaires religieuses du Ministère des Affaires étrangères, vous avez été nommé ambassadeur pour l’environnement, le moins qu’on puisse dire est que vous avez le goût des grandes causes. Comment définiriez-vous votre nouvelle mission ?

 



Le poste d’ambassadeur délégué à l’environnement a été créé en 2000 et répond au besoin d’avoir un négociateur dans les grandes enceintes internationales qui traitent d’environnement, qui soit au service du ministère des Affaires étrangères mais aussi au service du ministère de l’écologie et du développement durable. Donc l’ambassadeur délégué à l’environnement est avant tout le porte-parole dans les enceintes internationales, du système des Nations Unies ou d’autres, des positions françaises.

Dans le domaine de l’environnement quels sont, selon vous, les principaux défis planétaires qui nous attendent dans les vingt prochaines années ?

 



Le premier défi planétaire est le réchauffement global, c’est-à-dire le dérèglement climatique qui conduira à des modifications en profondeur du climat aussi bien dans les pays du Nord que dans les pays du Sud, comme l’a montré la dernière réunion du GIEC, avec tout ce que cela suppose de développement de la désertification ou de la question de l’approvisionnement en eau. Mais vous avez aussi d’autres menaces planétaires comme par exemple la baisse des ressources halieutiques, la disparition d’un certain nombre d’espèces, l’uniformatisation de la diversité biologique. Bref, on peut dire que c’est un peu comme si notre monde se rétrécissait.


Quelles sont les forces et les faiblesses du protocole de Kyoto ?

 



L’avantage du processus de Kyoto est de fixer des objectifs chiffrés. Si l’on ne se fixe pas des objectifs chiffrés, on ne fait pas suffisamment.
Par contre, il a deux handicaps.
D’une part, un certain nombre de pays industrialisés, gros pollueurs, n’en font pas partie et je pense en particulier aux Etats-Unis. Et, d’autre part, les pays émergents non plus alors qu’ils se développent très rapidement et son de gros consommateurs énergétiques n’en font pas non plus partie. C’est donc un système partiel, il fixe des objectifs contraignants mais ne couvre pas tout le champ des problèmes.


Quelle place peut prendre l’Europe sur ces questions globales ?

 



Cette place est première, l’Europe est un très grand ensemble, qui consomme, qui produit et qui pollue beaucoup. Ce n’est pas parce que les pays émergents se développent que l’Europe n’est plus un acteur majeur du monde contemporain. En plus, les opinions publiques européennes étant plus alertées sur ces sujets que d’autres, et la bonne administration européenne aboutissant, si je peux dire, même si c’est plus difficile à 27 qu’à 15, à des résultats, on a un poids propre important et un grand dynamisme sur ces sujets, On peut donc dire que l’Union européenne « tire ».


On a beaucoup parlé en l’an 2000 de l’Agenda de Lisbonne, mais il y a eu en 2001 un Agenda de Göteborg  sur le développement durable dans l’Union européenne, quels en sont les résultats ?

 



Alors là, c’est en interne. Pour moi, les grands enjeux sont ceux d’un certain nombre de grands pays industrialisés qui n’ont pas encore pris conscience de ce qui se passait et des pays émergeants, c’est avec eux que nous sauverons la planète ou que nous ne la sauverons pas. En Europe, on fait déjà beaucoup de choses, on avance.
En France, nous avons une stratégie nationale de développement durable de 2003, bâtie sur les principes que vous venez de mentionner et qui a été révisée en fin d’année dernière. On a des indicateurs, on se fixe des objectifs, on les remplis plus ou moins bien mais on est dans un cadre qui ne fait pas de la France, ni de l’Union européenne, un exemple mais on va plus loin que la plupart de nos partenaires.

On sait que la question énergétique est très débattue dans l’Union européenne. Existe t-il une véritable place pour les énergies renouvelables ou est-ce finalement un peu cosmétique ?

 



Oh non pas du tout : une place de plus en plus grande est réservée aux énergies renouvelables ! Il ne faut pas se leurrer, les énergies fossiles, le pétrole et le gaz, continueront encore dans les trente ans à venir à être la source énergétique principale, d’autant que les réserves sont encore importantes, même si les prix fluctuent. Autrement dit, c’est encore l’énergie la plus abondante et la meilleur marché mais ce n’est pas pour cela que ne se développent pas les énergies éoliennes, solaires, etc. Peut-être plus d’ailleurs chez certains de nos grands partenaires comme l’Allemagne ou l’Espagne qu’en France où au fond, depuis maintenant quarante ou cinquante ans, l’alternative à l’énergie fossile a toujours été l’énergie nucléaire.
Elle a son utilité mais en parallèle à l’énergie nucléaire, il faudrait probablement être plus actif dans le domaine des énergies renouvelables.

En parlant du nucléaire, il y a eu ces derniers temps un réveil des partisans du nucléaire qui affirment que cette énergie est « propre ». Est-ce aujourd’hui la position officielle de la France ?

 

 

 

Tout ceci n’est pas nouveau, je me suis déjà occupé d’environnement il y a quinze ans et on disait déjà que si la France avait des chiffres d’émission de gaz à effets de serre beaucoup moins importants que ces principaux partenaires, c’était grâce au programme nucléaire.
Il ne faut pas non plus cacher que le programme nucléaire, tel qu’il existe en France suppose une concentration des moyens autour de grands groupes, producteurs d’électricité comme EDF, gestionnaires de l’alimentation en uranium comme Areva, des institutions de sécurité fiables et une gestion intelligente des déchets ultimes.
Cela veut dire que le nucléaire n’est pas possible en toutes circonstances dans tous les pays. C’est une énergie qui a de bons côtés en termes d’environnements.

Quels seraient les domaines dans lesquels les Européens devraient faire plus d’efforts selon vous ?

 



Cela dépend des pays, cela dépend des régions, je suis mal placé pour vous le dire. Je pense qu’en termes de pollution industrielle, les choses sont assez bien couvertes. Il y a probablement une action à mener dans le domaine des transports : reconvertir plus les comportements (sic) de la route vers d’autres modes de transports ; dans le domaine agricole aussi, nous avons longtemps eu une agriculture productiviste qui sur-utilise un peu les sols.


Dernière question, l’Union européenne à 50 ans, que lui souhaite l’ambassadeur pour l’environnement ?

 



D’exister toujours dans cinquante ans, de ne s’être pas diluée dans un ensemble de coopérations un peu chaotiques et d’avoir conservé cette volonté politique qui lui a permis de dominer dans nos pays ces dernières années, dans l’intérêt de nos concitoyens ; de garder cette approche de démocratie sociale, c’est à dire libérale mais pas seulement libérale.
Elle a été un bon moyen de mettre en commun nos atouts et de nous protéger des agressions d’un monde extérieur de plus en plus dérégulé.
Je trouve dommage qu’on ait pas su suffisamment le faire comprendre aux Français au moment du référendum de mai 2005 : il fallait leur dire que l’Europe n’est pas à l’origine de beaucoup de leurs préoccupations mais qu’au contraire, grâce à elle, ils ont été plutôt mieux protégés que si l’Europe n’avais pas existé.
Donc qu’elle continue comme ça mais, il faut être conscient que nous sommes au pied du mur et qu’entre approfondissement et élargissement des choix à faire.

 

Interview réalisée par Philippe Perchoc 

 

 

 

 

 

Le mardi 13 février 2007

Un vent de réalisme

André Pratte

La Presse

Même les plus enthousiastes devront se rendre à l'évidence: malgré tout son potentiel, l'énergie éolienne n'est pas une solution miracle à nos problèmes d'énergie et d'environnement. Cette conclusion ressort notamment du dernier bilan produit par la firme britannique ABS Energy Research, dont faisait état la semaine dernière notre collègue François Cardinal (La Presse, 10 février 2007).

Ce document n'est pas fondé sur les thèses des partisans ou des adversaires de l'énergie éolienne mais sur les expériences concrètes des producteurs et distributeurs d'énergie éolienne, en particulier dans les pays européens où cette forme d'énergie est répandue. Il en ressort que si la technologie éolienne est en progression rapide depuis quelques années, elle continue de causer des problèmes importants de stabilité, de fiabilité et de prévisibilité.

L'expérience allemande est éloquente à cet égard, même si la production en Allemagne est le fait de milliers de petites éoliennes plutôt que d'engins géants comme ceux qui seront montés au Québec au cours des prochaines années. La compagnie E.ON est responsable de la transmission de l'électricité en Allemagne. Dans ses rapports annuels sur l'éolien, elle souligne à gros traits les faiblesses de cette source d'énergie.

En raison des «fluctuations extrêmes» des vents, la production des parcs d'éoliennes varie considérablement non seulement d'une année et d'un mois à l'autre, mais d'heure en heure. Durant la période de Noël de 2004, la production des éoliennes allemandes est passée de 6000 MW à 2000 MW en l'espace de 10 heures. C'est comme si huit centrales au charbon avaient soudainement cessé de fonctionner! Sur le réseau d'E.ON, les éoliennes produisent moins que 14% de leur capacité durant la moitié de l'année. Cela signifie que l'énergie produite par les éoliennes, même là où il y en a un nombre considérable comme en Allemagne, n'est jamais garantie. Qu'arrive-t-il si, une journée où la demande est forte, les vents sont faibles? Il faut une autre source d'énergie: «Des centrales traditionnelles d'une capacité équivalente à 90% de la capacité de la filière éolienne doivent être en ligne en permanence afin de garantir la disponibilité d'énergie en tout temps.»

L'expérience européenne confirme les prétentions d'Hydro-Québec, selon qui l'éolien ne pourra prendre beaucoup d'expansion au Québec sans que soient développés en parallèle de nouveaux projets hydroélectriques.

Ici, comme en Norvège et au Danemark, l'énergie éolienne permettra au producteur de laisser monter le niveau d'eau dans ses réservoirs, une bonne chose en soi. Toutefois, comme le note ABS, «ceci annule la réduction des émissions de carbone promise par l'éolien puisque cette électricité remplace la production de centrales hydroélectriques, qui elles non plus n'émettent pas de gaz à effet de serre».

En somme, la production d'électricité par le vent est beaucoup plus complexe qu'on ne le croit. «En Allemagne, soulignent les dirigeants d'E.ON, l'expansion de l'énergie éolienne rend la population de plus en plus consciente des défis techniques que présentent son intégration au système en place.» Souhaitons qu'une telle prise de conscience ne mette pas trop de temps à émerger au Québec.

 

apratte@lapresse.ca